La Corée du Nord intensifie ses essais de missiles à fragmentation
La Corée du Nord a annoncé lundi avoir réalisé un nouvel essai de missiles balistiques tactiques équipés d'ogives à sous-munitions, une technologie particulièrement inquiétante pour Séoul et les autorités militaires américaines. Selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA, le dirigeant Kim Jong Un a personnellement assisté dimanche aux tirs de cinq missiles balistiques tactiques en direction d'une île en mer du Japon, située à 136 kilomètres du point de lancement.
Une démonstration de puissance militaire préoccupante
Ces missiles « ont frappé une zone de 12,5 à 13 hectares avec une très forte densité, démontrant pleinement leur puissance de combat », a rapporté le média d'État nord-coréen. L'objectif avoué de cet essai était de vérifier les caractéristiques et la puissance des ogives de bombes à fragmentation montées sur des missiles tactiques Hwasongpho-11. Les armes à fragmentation, également appelées à sous-munitions, sont conçues pour libérer sur une large zone des dizaines de petites charges explosives.
Outre leur périmètre d'effet étendu, ces armes présentent un danger supplémentaire : une partie des charges n'explosent pas lors de l'impact et peuvent donc faire des victimes longtemps après le tir initial. La Corée du Nord, tout comme la Corée du Sud, n'est ni signataire ni partie à la convention d'Oslo sur les armes à sous-munitions de 2008 qui interdit leur usage, production, stockage ou dissémination.
Un arsenal partagé par plusieurs puissances mondiales
Selon le rapport Cluster Munition Monitor de 2025 publié par la Campagne internationale pour l'interdiction des mines, les deux Corées font partie, aux côtés de l'Iran, la Chine, la Russie, Israël et les États-Unis, des 17 pays qui produisent encore ce type d'arme. D'après la même source, des bombes nord-coréennes à sous-munitions ont déjà été utilisées par la Russie contre l'Ukraine, ce qui ajoute une dimension internationale aux préoccupations actuelles.
D'après KCNA, Kim Jong Un « a exprimé sa grande satisfaction quant aux résultats de l'essai », qui porte à six le nombre de tests de missiles balistiques connus réalisés par la Corée du Nord depuis le début de l'année. « La mise au point et l'introduction de différentes ogives de bombes à fragmentation permettent de répondre de manière plus satisfaisante et plus efficace aux besoins opérationnels de l'armée », a-t-il déclaré.
Réactions sud-coréennes et tensions diplomatiques
Le ministère sud-coréen de la Défense, qui avait détecté ces tirs dimanche, a exhorté Pyongyang à « mettre un terme à ses provocations successives par des tirs de missiles qui ne font qu'exacerber les tensions », et à « s'associer activement aux efforts du gouvernement sud-coréen visant à instaurer la paix ». Cet essai intervient alors que la Corée du Nord reste sourde aux gestes du président de centre gauche sud-coréen Lee Jae Myung pour tenter d'améliorer des relations devenues exécrables sous le gouvernement de son prédécesseur de droite Yoon Suk Yeol.
Les deux États n'ont jamais signé de traité de paix à l'issue de la guerre de Corée (1950-1953), qui s'est soldée par un simple armistice. En 2023, la Corée du Nord a officiellement renoncé à tout espoir de réunification de la péninsule et qualifié le Sud de « pire ennemi », marquant un tournant dans les relations intercoréennes.
Analyses stratégiques et implications militaires
Pour Hong Min, chercheur à l'Institut coréen pour la réunification nationale, le type d'armes testé dimanche vise directement Séoul et les principales installations militaires des États-Unis en Corée du Sud, où sont stationnés environ 28 000 soldats américains. « Ce système semble conçu pour combler le vide entre les lance-roquettes multiples et les missiles balistiques à courte portée », a-t-il expliqué.
Yang Moo-jin, professeur à l'Université d'études nord-coréennes de Séoul, a pour sa part noté que plusieurs commandants de corps d'armée de première ligne avaient assisté à l'essai, ce qui semble constituer une nouveauté significative. « Cela suggère que le système est sur le point d'être déployé opérationnellement, avec la capacité d'être lancé directement depuis des positions avancées contre la Corée du Sud et les bases américaines », a-t-il avancé.
Le Parti du pouvoir au peuple (PPP), une des principales forces de l'opposition en Corée du Sud, s'est alarmé dans un communiqué de ce qu'il a qualifié de « démonstration ouverte de capacités de destruction massive visant la population sud-coréenne, qui constitue un défi militaire direct ébranlant profondément l'ordre sécuritaire dans la péninsule coréenne ». Cette escalade des tensions intervient dans un contexte où les perspectives de dialogue semblent plus éloignées que jamais, avec des implications potentielles pour la stabilité régionale et internationale.



