Camion-cantine et avion leurre : la fuite de Trump face à la menace iranienne
Camion-cantine et avion leurre : la fuite de Trump

Le 8 juillet, Donald Trump a quitté la Turquie à bord d'un avion militaire discret, un C-32A, tandis qu'un Boeing leurre décollait sous l'indicatif Air Force One. L'opération, révélée par le New York Times et le Washington Post, visait à déjouer une menace iranienne jugée crédible contre le président américain.

Une évasion digne d'un film d'espionnage

Donald Trump a gravi les marches du célèbre Air Force One, salué les caméras depuis la porte, puis disparu à l'intérieur. Quelques minutes plus tard, pendant que les journalistes chargés de suivre ses déplacements embarquaient à leur tour, Trump a quitté discrètement l'appareil par le côté opposé. Pas de limousines blindées, pas de surprise présidentielle : un camion utilisé dans les aéroports pour charger les repas s'est placé contre l'avion, son conteneur a été hissé jusqu'à une porte, et le président y est monté avec plusieurs collaborateurs. Direction un troisième avion militaire, stationné quelques mètres plus loin.

L'opération n'avait pourtant rien d'un exercice de style. Les services américains venaient d'être alertés d'une menace iranienne jugée crédible contre Donald Trump. Le président terminait alors le sommet de l'Otan en Turquie, pays frontalier de l'Iran, dans un contexte de fortes tensions entre Washington et Téhéran.

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Un dispositif complexe à trois appareils

Une fois la menace transmise au président américain, un petit cercle de hauts responsables, parmi lesquels le secrétaire de la Défense Pete Hegseth et le chef d'état-major interarmées Dan Caine, a organisé son départ. S'ensuit le casse-tête de faire sortir du pays un des hommes les plus reconnaissables des cinq continents sans que l'on sache dans quel avion il se trouve.

Trois appareils américains se trouvaient alors en Turquie, et chacun avait son rôle. Le Boeing 747-8 offert aux Etats-Unis par le Qatar avait transporté Donald Trump à l'aller ; l'ancien Boeing présidentiel bleu et blanc devait officiellement le ramener jusqu'en Grande-Bretagne ; un C-32A de l'US Air Force, version militaire du Boeing 757 généralement réservé aux hauts responsables, restait beaucoup plus discret. Donald Trump avait lui-même annoncé qu'il reprendrait l'ancien appareil "pour le bon vieux temps", un choix d'autant plus crédible que la sécurité du nouveau Boeing qatari faisait alors débat.

Le dispositif reposait aussi sur une subtilité de vocabulaire : Air Force One n'est pas le nom d'un avion, mais l'indicatif radio de tout appareil de l'US Air Force transportant le président. Ce soir-là, pourtant, l'ancien Boeing a décollé avec les journalistes et les collaborateurs persuadés que le président américain se trouvait à bord, sous l'indicatif "AF1", tandis que Donald Trump filait vers la Grande-Bretagne dans le C-32A sous le moins solennel "Reach 18". Les systèmes permettant de suivre facilement ce dernier ont été désactivés ; dans l'autre avion, les journalistes ont reçu simplement l'ordre de garder leurs stores baissés. Ils ne savaient pas encore qu'ils participaient eux-mêmes à la diversion.

Un leurre pas si nouveau

La représentation a continué à l'arrivée sur la base britannique de Mildenhall. Le C-32A a atterri avec Trump. Le président a ensuite été reconduit jusqu'à l'Air Force One, y est remonté discrètement par une autre porte, puis en est redescendu devant les caméras à 22h56, comme s'il venait d'effectuer le voyage à son bord. Il a salué les militaires présents, traversé le tarmac et rejoint enfin le Boeing offert par le Qatar pour rentrer à Washington.

Toutes ces précautions pour un risque que Washington prend au sérieux depuis plusieurs années. Donald Trump est une cible déclarée du régime iranien depuis son premier mandat. En janvier 2020, il avait ordonné la frappe américaine qui a tué le général Qassem Soleimani, l'un des principaux dirigeants militaires iraniens. Depuis, les autorités américaines ont régulièrement fait état de projets de représailles visant Trump et plusieurs anciens membres de son administration.

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L'idée de faire voyager un président autrement que prévu n'est pas une invention de l'administration Trump. En mars 2000, lors d'une visite de Bill Clinton au Pakistan, Air Force One avait déjà servi de leurre tandis que le président voyageait dans un autre appareil. Après les attentats du 11-Septembre, l'administration de George W. Bush avait également gardé ses déplacements secrets pendant plusieurs heures pour des raisons de sécurité.

Interrogé plus tard pendant le vol de retour vers Washington, Donald Trump a bien évoqué les menaces iraniennes, sans révéler le dispositif utilisé quelques heures auparavant. Un journaliste lui a demandé pourquoi les stores avaient dû être baissés pendant le trajet depuis la Turquie. Trump a répondu qu'il est constamment menacé par l'Iran, puis a ajouté à l'adresse des reporters : "Si je pars, vous partez aussi, non ?" Ils pouvaient au moins se rassurer sur un point : sur ce vol-là, le président était bel et bien dans le même avion qu'eux.