Les affrontements entre le Cambodge et la Thaïlande ont cessé depuis dimanche, mais la trêve reste fragile. Les deux pays s'accusent mutuellement d'avoir violé le cessez-le-feu, alors que les négociations diplomatiques peinent à s'engager.
Des échanges de tirs sporadiques persistent
Malgré l'annonce d'un cessez-le-feu, des échanges de tirs sporadiques ont encore été signalés lundi près du temple de Preah Vihear, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Selon un porte-parole militaire thaïlandais, les forces cambodgiennes ont tiré sur une position thaïlandaise, blessant deux soldats. Le Cambodge dément et accuse la Thaïlande d'avoir bombardé son territoire, faisant état de quatre blessés parmi ses troupes.
Les deux armées se sont renforcées dans la zone, avec des renforts d'artillerie et de blindés. Des milliers de civils ont été évacués des villages frontaliers, craignant une escalade. Le bilan humain s'alourdit : au moins 10 soldats ont été tués et plus de 50 blessés depuis le début des hostilités, il y a une semaine.
Une médiation régionale en préparation
Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont entretenus par téléphone, mais aucune rencontre officielle n'a été programmée. L'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) a proposé ses bons offices, mais le Cambodge a rejeté toute médiation, préférant une solution bilatérale. La Thaïlande, de son côté, a accepté une réunion du mécanisme de coopération bilatérale, mais sans calendrier précis.
Selon un diplomate occidental basé à Phnom Penh, "la situation est extrêmement volatile, chaque incident peut déclencher une nouvelle escalade". Les deux pays revendiquent la souveraineté sur la zone autour du temple, qui a déjà été le théâtre d'affrontements meurtriers en 2008 et 2011.
Des enjeux économiques et politiques
Au-delà de la question territoriale, ce conflit reflète des tensions politiques internes. Au Cambodge, le Premier ministre Hun Sen cherche à consolider son pouvoir avant les élections de 2023, et un conflit avec la Thaïlande lui permet de mobiliser le sentiment nationaliste. En Thaïlande, le gouvernement de Prayut Chan-o-cha est confronté à une contestation populaire, et une posture ferme sur la frontière peut renforcer sa légitimité.
Économiquement, les échanges commerciaux entre les deux pays dépassent 10 milliards de dollars par an, et une guerre prolongée aurait des conséquences désastreuses pour les deux économies. Le tourisme, déjà durement touché par la pandémie, serait encore plus affecté. Les marchés financiers ont déjà réagi : la bourse de Bangkok a chuté de 2 % lundi, et le baht s'est déprécié face au dollar.
La communauté internationale appelle à la retenue
La Chine, alliée de longue date du Cambodge, a appelé les deux parties à la retenue et proposé son aide pour faciliter le dialogue. Les États-Unis et l'Union européenne ont également exprimé leur préoccupation et demandé la reprise des négociations. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a condamné les violences et exhorté les deux pays à respecter le droit international.
En attendant, les habitants de la région vivent dans la peur. "Nous ne savons pas si nous pourrons rentrer chez nous un jour", confie un habitant de Preah Vihear, réfugié dans un monastère. Les écoles sont fermées, les champs sont abandonnés, et l'aide humanitaire commence à affluer.
La trêve actuelle est donc loin d'être acquise. Chaque camp campe sur ses positions, et les mécanismes de confiance sont rompus. Si rien n'est fait rapidement, le conflit pourrait reprendre de plus belle, avec des conséquences régionales majeures.



