L'Allemagne est devenue une cible privilégiée des menaces russes parce qu'elle est « le principal pilier du soutien européen à l'Ukraine », affirme Carlo Masala, spécialiste des questions de sécurité à l'Université de la Bundeswehr à Munich. Cette analyse intervient alors que les autorités allemandes ont déjoué plusieurs tentatives d'ingérence et de sabotage ces derniers mois.
Une position stratégique qui expose Berlin
Selon Carlo Masala, cité dans un article du Monde, la Russie considère l'Allemagne comme un adversaire prioritaire en raison de son rôle central dans l'aide militaire et financière à Kiev. Depuis le début de l'invasion russe en février 2022, Berlin a fourni des milliards d'euros d'équipements, de munitions et d'aide humanitaire, se plaçant parmi les premiers contributeurs européens.
Cette exposition a des conséquences concrètes : en 2024, les services de renseignement allemands ont enregistré une augmentation de 50 % des cyberattaques attribuées à des groupes pro-russes. Des incidents de sabotage sur des infrastructures ferroviaires et des dépôts de munitions ont également été signalés, sans que les auteurs soient formellement identifiés.
Des menaces hybrides multiples et croissantes
Le spécialiste souligne que la menace ne se limite pas au cyberespace. Elle inclut la désinformation, l'espionnage et les tentatives de déstabilisation politique. « La Russie utilise tous les moyens à sa disposition pour affaiblir le soutien allemand à l'Ukraine », explique Masala. Il cite notamment les campagnes de fausses informations visant à monter l'opinion publique contre le gouvernement.
En juin 2025, le gouvernement allemand a expulsé plusieurs diplomates russes accusés d'espionnage, une mesure rare qui témoigne de la gravité de la situation. Selon des documents internes consultés par Le Monde, les services de sécurité ont identifié plus de 30 agents russes opérant sous couverture diplomatique en Allemagne.
Un rôle central dans l'OTAN et l'UE
L'Allemagne est non seulement le premier soutien européen en volume, mais elle joue aussi un rôle clé dans la coordination de l'aide au sein de l'UE et de l'OTAN. Berlin accueille le quartier général de la mission de soutien à l'Ukraine, qui coordonne la logistique des livraisons d'armes. Cette fonction logistique est vitale pour la résistance ukrainienne, ce qui en fait une cible de choix pour Moscou.
Pour Masala, cette situation ne devrait pas s'améliorer à court terme. « Tant que la guerre durera, l'Allemagne restera dans le viseur de la Russie », prévient-il. Il appelle à un renforcement de la résilience nationale, notamment dans les domaines de la cybersécurité et de la protection des infrastructures critiques.
Un défi pour la société allemande
Le spécialiste insiste sur la dimension sociétale : la désinformation vise à éroder la confiance des citoyens dans le gouvernement et les institutions. Il recommande une meilleure éducation aux médias et une coopération renforcée avec les plateformes numériques pour lutter contre les ingérences.
En conclusion, Carlo Masala estime que l'Allemagne doit assumer son rôle de pilier du soutien à l'Ukraine tout en se préparant à faire face à des menaces hybrides persistantes. « Nous devons être conscients que notre engagement a un prix, mais ce prix est nécessaire pour la sécurité de l'Europe », conclut-il.



