Le port de Tanger Med, l'un des plus grands hubs industriels du Maroc, est rattrapé par les tensions commerciales croissantes entre la Chine et l'Union européenne. Selon un rapport publié par l'Observatoire marocain de la compétitivité, le trafic conteneurisé du port a chuté de 8 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025, atteignant 2,3 millions d'EVP (équivalent vingt pieds). Cette baisse est directement liée aux droits de douane imposés par l'UE sur les produits chinois, qui réduisent les flux commerciaux transitant par le Maroc.
Un hub stratégique sous pression
Tanger Med, situé à 40 kilomètres de la côte européenne, est un point de passage clé pour les marchandises entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe. Le port a bénéficié ces dernières années d'investissements chinois massifs, notamment dans les zones franches industrielles. Cependant, les tensions diplomatiques entre Pékin et Bruxelles ont conduit à un ralentissement des projets d'expansion. « Les investisseurs chinois hésitent à s'engager dans de nouveaux projets au Maroc en raison de l'incertitude réglementaire en Europe », explique Ahmed Reda Chami, président de l'Observatoire marocain de la compétitivité.
Impact sur l'économie marocaine
La baisse d'activité à Tanger Med a des répercussions sur l'économie marocaine. Le secteur de la logistique, qui emploie plus de 50 000 personnes dans la région, a enregistré une diminution de 12 % de ses revenus au premier semestre. Les exportations marocaines vers l'UE, qui représentent 60 % du total, ont également chuté de 5 % sur la même période, selon les douanes marocaines. Le gouvernement marocain cherche à diversifier ses partenaires commerciaux, notamment en renforçant les liens avec l'Afrique subsaharienne et les États-Unis.
Réactions des acteurs locaux
Les entreprises locales, comme le logisticien marocain Medlog, subissent de plein fouet ces tensions. « Nous avons perdu plusieurs contrats avec des clients chinois qui ont redirigé leurs flux vers d'autres ports méditerranéens », déclare son directeur général, Hassan Berrada. Pour atténuer l'impact, le Maroc a lancé un plan d'urgence de 200 millions d'euros visant à moderniser les infrastructures portuaires et à améliorer la compétitivité des zones franches.
Vers une recomposition des routes commerciales
Les analystes estiment que Tanger Med pourrait perdre jusqu'à 15 % de son trafic d'ici fin 2026 si les tensions persistent. Cependant, le port pourrait bénéficier d'une recomposition des chaînes d'approvisionnement mondiales. « Les entreprises européennes cherchent à réduire leur dépendance à la Chine et pourraient se tourner vers le Maroc comme plateforme de production alternative », note le rapport. Cette tendance, appelée « near-shoring », pourrait offrir de nouvelles opportunités à Tanger Med à moyen terme.



