Alors que la société japonaise évolue rapidement vers une plus grande égalité des genres, la maison impériale reste figée dans une tradition qui exclut les femmes de la succession au trône. Cette règle, qui n'autorise que les descendants mâles à hériter du Chrysanthème, est de plus en plus critiquée comme étant anachronique et en décalage avec les valeurs modernes.
Une règle exclusive contestée
La loi actuelle sur la maison impériale, datant de 1947, stipule que seuls les hommes ayant un empereur pour père peuvent monter sur le trône. Cela signifie que la princesse Aiko, fille unique de l'empereur Naruhito, ne peut pas lui succéder. Selon un sondage réalisé par l'agence de presse Kyodo en 2022, 74% des Japonais soutiennent une révision de la loi pour permettre aux femmes de régner.
Cette position contraste avec d'autres monarchies constitutionnelles, comme la Suède ou les Pays-Bas, qui ont modifié leurs règles de succession pour être neutres en matière de genre. Le Japon reste l'un des rares pays à maintenir une primogéniture masculine exclusive.
Des pressions pour une réforme
Des voix s'élèvent au sein même du gouvernement pour une réforme. En 2021, un groupe d'experts nommé par le gouvernement a recommandé d'envisager l'accession des femmes au trône. Cependant, les factions conservatrices au sein du parti au pouvoir, le Parti libéral-démocrate, s'y opposent fermement, arguant que cela briserait une tradition vieille de plusieurs siècles.
L'ancien Premier ministre Yoshihide Suga a déclaré : "La succession impériale est une question de stabilité nationale. Nous devons aborder ce sujet avec le plus grand soin." De son côté, le professeur d'histoire à l'Université de Tokyo, Takashi Mikuriya, estime que "le système actuel ne reflète pas la diversité de la société japonaise contemporaine."
Un décalage avec la société
Le Japon a fait des progrès significatifs en matière d'égalité des genres ces dernières années, avec des lois sur l'égalité de traitement dans l'emploi et une augmentation du nombre de femmes dans la vie politique. Pourtant, la question de la succession impériale reste un point d'achoppement. Selon un rapport de 2023 du Forum économique mondial, le Japon se classe 116e sur 146 pays en matière de parité hommes-femmes.
La princesse Aiko, aujourd'hui âgée de 22 ans, a exprimé son intérêt pour les affaires publiques, mais son rôle reste limité en raison des restrictions imposées par la loi impériale. Si elle se marie, elle perdrait son statut de membre de la famille impériale, comme le veut la tradition.
Vers un avenir incertain
Le débat sur la succession impériale est relancé par la situation démographique de la famille impériale. Avec seulement trois héritiers mâles (l'empereur Naruhito, son frère le prince Akishino et le fils de ce dernier, le prince Hisahito), la pérennité de la lignée est en jeu. Le prince Hisahito, né en 2006, est le seul garçon de sa génération.
Des propositions ont été faites pour permettre aux princesses de conserver leur statut après le mariage ou pour autoriser les femmes à régner. Cependant, aucune réforme n'a encore été adoptée. La pression de l'opinion publique et les évolutions sociétales pourraient toutefois forcer le gouvernement à agir.
En attendant, le Japon reste à contre-courant de la tendance mondiale, où les monarchies s'adaptent aux normes modernes. Comme le souligne l'éditorialiste du quotidien Asahi Shimbun, "la question de la succession impériale n'est pas seulement une affaire de tradition, mais un test de la capacité du Japon à embrasser l'égalité des genres."



