Le gouvernement argentin a annoncé ce jeudi une mesure inédite en vue de la Coupe du Monde de football 2026 : les ressortissants étrangers ayant tenu des propos haineux envers le peuple argentin ou ses institutions sur les réseaux sociaux se verront refuser l'accès au territoire. Cette décision, qui vise à protéger l'image du pays hôte et à garantir un climat de sécurité, a été présentée comme un outil de lutte contre la cyberhaine à l'occasion d'un événement sportif mondial.
Un filtrage numérique avant l'obtention du visa
Selon le ministère argentin de l'Intérieur, les demandeurs de visa devront désormais signer une déclaration attestant qu'ils n'ont pas publié de messages discriminatoires, racistes ou xénophobes contre l'Argentine. Les autorités consulaires seront habilitées à consulter les profils publics des candidats et à croiser les bases de données des plateformes partenaires. « Nous ne tolérerons pas que des individus qui insultent notre nation ou notre peuple foulent notre sol », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Carlos Martínez, lors d'une conférence de presse à Buenos Aires.
Un précédent dans l'organisation de grands événements
L'annonce intervient alors que l'Argentine s'apprête à accueillir plusieurs matches du Mondial 2026, co-organisé avec les États-Unis et le Mexique. Si des mesures similaires ont déjà été évoquées pour des compétitions sportives, l'Argentine est le premier pays à traduire cette menace en critère de refus d'entrée systématique. Selon des données du ministère de la Sécurité, plus de 2 000 comptes étrangers ayant ciblé l'Argentine par des messages haineux ont été identifiés au cours des six derniers mois. « Nous avons les moyens techniques de détecter ces contenus et nous les utiliserons sans faiblesse », a ajouté Martínez.
Réactions internationales et craintes pour les libertés
Cette mesure suscite des réactions contrastées. Plusieurs associations de défense des droits numériques dénoncent une atteinte à la liberté d'expression et un risque de censure préventive. « Le gouvernement argentin ouvre la porte à l'arbitraire en confiant à des algorithmes et à des agents consulaires le soin de juger le caractère haineux d'un propos », a estimé l'ONG Article 19 dans un communiqué. En réponse, le gouvernement a précisé que les décisions pourront faire l'objet d'un recours devant la justice argentine et que seuls les messages publics les plus graves seront pris en compte.
Un impact attendu sur le tourisme et les relations bilatérales
L'Argentine, qui mise sur les retombées économiques du Mondial (estimées à 3 milliards de dollars), espère que cette mesure n'entamera pas l'afflux de visiteurs. Le pays s'attend à recevoir plus de 1,5 million de touristes étrangers pendant la compétition. Les autorités consulaires ont déjà reçu des demandes de clarification de la part de plusieurs ambassades, notamment européennes. « Nous surveillerons de près la mise en œuvre de cette politique afin qu'elle soit proportionnée et non discriminatoire », a déclaré un porte-parole de l'Union européenne.
Une coopération renforcée avec les plateformes
Pour appliquer ce filtrage, le gouvernement argentin a signé des accords de coopération avec les principales sociétés de réseaux sociaux (Meta, X, TikTok) afin d'obtenir un accès rapide aux contenus signalés. Ces entreprises s'engagent à transmettre les données des comptes identifiés comme haineux envers l'Argentine dans un délai de 48 heures. « La haine en ligne a des conséquences réelles, et il est temps que les États et les géants du numérique assument leurs responsabilités », a conclu Martínez, avant de préciser que la mesure entrerait en vigueur le 1er janvier 2026.



