L'été 2026 restera comme une saison noire pour les incendies en France. Déjà, le record de superficie brûlée en une année a été pulvérisé, et la saison n'est pas terminée. Trois sapeurs-pompiers ont perdu la vie en service, 230 ont été blessés en Gironde, où 240 maisons ont été détruites et jusqu'à 220 000 personnes évacuées. Le mégafeu déclenché le 22 juillet au nord du bassin d'Arcachon a parcouru 42 000 hectares, illustrant l'ampleur inédite du phénomène.
Des feux hors norme qui submergent les secours
Sébastien Delavoux, animateur de la CGT des SDIS, résume : « La saison commence plus tôt, elle finit plus tard, les phénomènes sont plus violents et l’aire concernée est beaucoup plus importante. » Ce constat confirme les prévisions scientifiques : le changement climatique double la vulnérabilité du territoire. Un rapport d’information du Sénat en 2022 soulignait que « la part du territoire métropolitain présentant des conditions météorologiques propices aux incendies a doublé depuis les années 1980 ».
Des promesses politiques non tenues
En 2022, après l'incendie de 30 000 hectares en Gironde, Emmanuel Macron avait promis 1 100 engins supplémentaires pour les SDIS. Mais le fiasco des Canadairs – commandés au compte-goutte et souvent cloués au sol pour maintenance – illustre le décalage entre les annonces et la réalité. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez rétorque que « 95 % des feux se combattent avec des moyens terrestres » et que « 90 % des feux parcourent à peine 1 à 2 hectares ». Cependant, le rapport sénatorial alertait déjà : « L’efficacité de la stratégie de lutte qui a fait de la France un modèle partout en Europe et dans le monde ne suffira pas face à l’émergence de feux hors norme. »
La polémique sur les choix tactiques
Faute de moyens suffisants, le commandement a dû prioriser. Au Porge, où 183 maisons ont brûlé, des habitants estiment avoir été abandonnés. Un résident déplorait auprès de l’AFP : « Ici, ça flambait, au Cap Ferret ça ne flambait pas mais ils y sont tous partis pour protéger la presqu’île. » En déplacement à Bordeaux, Emmanuel Macron a tenté de se justifier : « Quand il faut déplacer pour sauver des vies, on déplace, quand il faut sacrifier de la forêt ou des biens matériels pour sauver des vies, on le fait. » Il a également défendu son bilan, affirmant avoir « quasiment doublé le budget de la sécurité civile » en dix ans.
Un sous-dimensionnement structurel
Malgré ces déclarations, le constat est sévère. Les services de secours ne sont pas armés pour combattre un « orage de feu » et ses sautes de feu. Le rapport sénatorial, titré « Feux de forêt et de végétation : prévenir l’embrasement », préconisait une anticipation accrue. Mais l'absence de moyens humains et matériels semble coupable au regard des dégâts actuels. La question de la responsabilité politique grandit, alors que les mégafeux deviennent la nouvelle norme.



