Libye : les coupures d'électricité attisent la colère à Tripoli
Tripoli : les coupures d'électricité attisent la colère

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées samedi dans le centre de Tripoli pour protester contre les coupures d'électricité qui paralysent la capitale libyenne. Les manifestants, issus de quartiers populaires et de classes moyennes, ont bloqué temporairement des artères principales, réclamant le départ du gouvernement d'union nationale dirigé par Abdel Hamid Dbeibah.

Les images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des groupes de jeunes brûlant des pneus et scandant des slogans hostiles aux autorités, tandis que des forces de sécurité tentaient de disperser la foule avec des gaz lacrymogènes. Selon des correspondants locaux, la manifestation a rassemblé entre 1 000 et 2 000 personnes, un chiffre inhabituellement élevé dans une ville où la contestation est souvent réprimée.

Un quotidien marqué par des délestages pouvant atteindre 18 heures

Les habitants de Tripoli, comme ceux de plusieurs villes côtières, subissent quotidiennement des interruptions de courant pouvant durer jusqu'à 18 heures, notamment pendant les pics de consommation estivale. La compagnie nationale d'électricité impute ces délestages au vieillissement des infrastructures et au manque de fioul pour les centrales thermiques, en raison d'une crise de liquidités persistante.

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Les commerces et les hôpitaux privés doivent recourir à des générateurs, ce qui augmente leurs coûts. Les particuliers, eux, se plaignent de l'absence de solutions durables. « On ne nous dit pas la vérité, protestent des habitants dans une vidéo partagée en ligne. Chaque été, c'est la même chose, mais cette année la situation est insupportable. »

Le gouvernement fragilisé par une crise multidimensionnelle

Ces manifestations interviennent alors que le gouvernement de Tripoli est déjà confronté à une grave crise politique et économique. Les deux administrations rivales, à l'est et à l'ouest, ne parviennent pas à s'entendre sur une feuille de route pour les élections, tandis que les recettes pétrolières restent bloquées par les tensions entre factions.

L'impact pèse sur la population : le taux de change de la livre libyenne s'effondre sur le marché noir, l'inflation dépasse 30 % selon les estimations, et les services publics sont au point mort. La contestation sociale, longtemps étouffée, pourrait constituer un défi majeur pour Dbeibah, dont la légitimité est déjà contestée par le Parlement de Tobrouk.

Un risque d'embrasement régional

Plusieurs analystes estiment que ces coupures d'électricité pourraient attiser les tensions tribales et régionales, en particulier dans le sud du pays. Si les protestations venaient à s'étendre, elles pourraient compromettre les efforts de l'ONU pour organiser un scrutin. La mission des Nations unies en Libye a appelé au calme et demandé aux autorités de garantir l'accès à l'électricité, un droit fondamental.

En attendant, les habitants de Tripoli s'organisent : des groupes de quartier se relaient pour gérer les générateurs collectifs, tandis que certains se tournent vers l'énergie solaire, un secteur émergent dans le pays. Mais ces solutions demeurent insuffisantes face à une crise qui s'installe dans la durée.

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