Crise migratoire à Ceuta : l'AMDH réclame une enquête indépendante
Ceuta : l'AMDH exige une enquête indépendante

Plus de 60 000 personnes, majoritairement de jeunes Marocains venus de Fnideq, ont franchi illégalement la frontière de l'enclave espagnole de Ceuta en quelques jours, après la propagation d'une rumeur annonçant l'ouverture de la frontière. Selon les autorités espagnoles, ces mouvements ont provoqué des scènes de chaos et fait au moins 67 morts, tandis que l'Association marocaine des droits humains (AMDH) évoque « près de 130 victimes » et des dizaines de disparus. Depuis, la « quasi-totalité » des 60 000 personnes ayant traversé ont été renvoyées au Maroc.

Samedi 1er août, l'AMDH a demandé l'ouverture d'une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur cette crise sans précédent. L'organisation veut comprendre pourquoi un tel exode a eu lieu et établir les responsabilités.

Une enquête « sérieuse et indépendante »

Dans un communiqué, l'AMDH a appelé à « ouvrir une enquête sérieuse et indépendante afin de faire toute la lumière sur les circonstances et les causes ayant conduit aux récentes vagues d'exode, et établir les responsabilités ». Elle a également condamné « le silence inquiétant des responsables et des institutions » du royaume, qui n'ont toujours pas réagi publiquement à la crise. Selon l'organisation, ce mutisme a contribué à créer l'énorme afflux de personnes cherchant à émigrer.

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L'ONG tient l'État marocain « pleinement responsable » de la situation, alimentée selon elle par « la colère populaire face à l'échec des politiques » du pays. Le Maroc connaît une forte croissance économique, mais reste marqué par de profondes inégalités et un fort taux de chômage, notamment chez les jeunes. Ces difficultés sociales sont régulièrement citées comme un moteur de l'émigration irrégulière.

L'hypothèse d'un feu vert des autorités

Une source proche du milieu associatif a confié à l'AFP que « la façon dont les choses se sont passées » laisse penser que ces arrivées massives n'ont pas pu se produire sans l'« accord des autorités » marocaines. Cette hypothèse renforce les demandes d'enquête de la part des organisations de défense des droits humains.

Le Parti de la justice et du développement (PJD), formation islamiste conservatrice modérée de l'ancien Premier ministre Abdelilah Benkirane, aujourd'hui dans l'opposition, a également réagi. Il a réclamé la création d'une « commission nationale » chargée de mener une « enquête impartiale et transparente afin d'établir la vérité sur les événements ». Dans un communiqué, le PJD a « condamné avec force le silence du gouvernement face à ces événements douloureux et regrettables ainsi que son absence de communication avec l'opinion publique ».

Ceuta et Melilla, une vieille revendication

La crise à Ceuta a aussi des répercussions politiques internationales. Les images de l'exode ont incité de nombreux responsables de droite et d'extrême droite en Europe et aux États-Unis à réclamer un contrôle encore plus étroit des frontières. L'AMDH a dénoncé « la montée des discours d'extrême droite […] qui incitent à la haine contre les migrants et les présentent comme une menace existentielle pour les sociétés occidentales ».

L'organisation, qui se positionne comme anticolonialiste, a profité de cette actualité pour relancer la revendication de restitution des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Elle appelle à « inscrire la revendication de la restitution » de ces deux villes « à l'ordre du jour politique » marocain et à « considérer cette revendication comme relevant du processus de décolonisation ».

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