Couple béarnais condamné pour trafic illégal de tortues protégées
Trafic de tortues : un couple béarnais condamné

Un couple de Béarnais a été reconnu coupable, jeudi 30 avril, d'avoir ouvert illégalement un élevage d'au moins sept espèces de tortues à leur domicile, à Siros, près de Pau, et d'en avoir revendu illégalement entre 2019 et 2025. L'homme de 51 ans et sa femme de 48 ans ont commencé l'élevage il y a près de vingt ans, après avoir hérité de tortues de leurs parents. Ils ont utilisé des incubateurs pour assurer la reproduction d'espèces classées protégées ou invasives, sans jamais se mettre en règle.

Une passion devenue hors de contrôle

Le couple a expliqué à la barre qu'ils se sont laissés déborder par leur passion. « Il y a vingt ans, c'était trop compliqué de se mettre en règle. On a été dépassés. On avait trop de mâles dans notre cheptel qui nuisaient aux autres alors on a commencé à en donner », ont-ils déclaré. La juge a corrigé : « À en vendre sur des sites d'annonces. Vous livriez les tortues dans des boîtes en carton sur des parkings, sans savoir ce qu'allaient devenir ces tortues non identifiées. »

Un stratagème élaboré pour éviter les poursuites

Pris dans un engrenage et parfaitement conscients du trafic illégal, le couple avait mis en place tout un stratagème pour éviter de se faire repérer : changement d'adresse IP, utilisation de plusieurs lignes téléphoniques, adresses mail et neuf pseudonymes différents pour vendre en ligne. Ils étaient payés en liquide et sont allés jusqu'à usurper l'identité d'une personne, arrêtée à leur place avant eux. Les enquêteurs de l'Office français de la biodiversité et de la gendarmerie, menés par le Pôle régional environnement du parquet de Bayonne, ont mis plusieurs années à les identifier.

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Une perquisition à leur domicile a permis de découvrir 94 tortues d'Hermann, 77 tortues bordées, neuf tortues grecques, cinq cistudes d'Europe, quatre émydes lépreuses, une tortue de Floride et une Graptemys. L'homme, qui est CRS dans la police nationale, a très mal vécu son placement en garde à vue. « Vous avez un devoir d'exemplarité », lui a reproché la juge. « Ma femme va m'en vouloir mais je préfère qu'on nous retire tout. Je ne veux pas laisser cet héritage à mes enfants », s'est-il désolé.

Un préjudice écologique important

Sur le banc de la partie civile, l'avocate de l'association Hegalaldia, Me Cloé Irigoin-Carricaburu, a dressé la liste du « véritable préjudice écologique » de leur trafic : « perpétuation forcée de l'espèce », « mise en danger d'espèces protégées avec des risques de consanguinité », « risque de pollution génétique quand elles se retrouvent dans la nature » ou « risque de développer des maladies en captivité ». Pour Me François Ruffié, avocat de la Sepanso, « une tortue d'Hermann n'a tout simplement rien à faire dans le Béarn. Le climat est trop froid pour cette espèce ».

Le parquet a demandé un ajournement de peine sous condition de donner les tortues à une structure spécialisée. « Ils ont joué aux apprentis sorciers », a estimé la procureure Amandine Boyer, qui craint que « le discours pédagogique du tribunal n'atteigne pas les prévenus, aux arguments irrationnels ». Pour l'avocat de la défense, « leur intention première n'était pas de faire de l'argent, ils n'ont gagné que 3 000 à 4 000 euros sur cinq ans, sur les ventes ».

La sentence reportée au 29 octobre

Le couple a été retenu coupable par le tribunal. D'ici le 29 octobre, date à laquelle le quantum de la peine sera rendu, ils devront donner « au moins 87 tortues » à une des associations. « C'est une main tendue. Votre peine dépendra de votre attitude et de ce que vous ferez pour vous dessaisir des animaux », a prévenu la juge. Ils devront également verser 2 000 euros de préjudice économique et 1 500 euros de préjudice moral à chacune des associations parties civiles : Hegalaldia, Aspas et la Sepanso 64.

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