Dans un entretien au Monde, l'historien cubain Rafael Rojas, professeur à l'Université de Princeton, affirme que la politique américaine envers Cuba sous l'administration Biden rappelle les schémas de la guerre froide. Selon lui, les États-Unis renforcent les sanctions économiques, ce qui isole davantage l'île et durcit la position du régime cubain.
Une stratégie de pression maximale
Rojas souligne que les mesures récentes, comme le rétablissement de la liste des États soutenant le terrorisme, s'inscrivent dans une logique de pression maximale. Il note que cette approche n'a pas réussi à provoquer des changements politiques à Cuba, mais a plutôt aggravé la crise économique. "C'est comme si les États-Unis réactivaient certains schémas de la guerre froide", déclare-t-il.
L'historien rappelle que la politique de l'administration Trump, maintenue par Biden, a réduit les vols charters et limité les envois de fonds, affectant directement la population cubaine. Il estime que ces mesures sont contre-productives et renforcent le discours du régime sur l'impérialisme américain.
Un contexte de crise économique
Rojas décrit une situation économique désastreuse à Cuba, avec une inflation galopante et des pénuries de produits de première nécessité. Les sanctions américaines, combinées à la pandémie de Covid-19 et à des réformes internes insuffisantes, ont plongé le pays dans sa pire crise depuis les années 1990. Selon des données officielles, l'économie cubaine s'est contractée de 11 % en 2020 et de 2 % en 2021.
L'historien critique également le manque de réformes structurelles du gouvernement cubain, qui maintient un contrôle étatique rigide. Il estime que la libéralisation partielle du secteur privé ne suffit pas à relancer l'économie.
L'impact sur la société cubaine
Rojas évoque l'émigration croissante des Cubains, qui fuient la crise. En 2022, plus de 300 000 Cubains ont tenté d'entrer aux États-Unis, un record. Il souligne que la diaspora cubaine devient un acteur politique important, mais que les sanctions américaines compliquent les liens avec l'île.
Pour l'historien, une solution durable nécessite un dialogue entre Washington et La Havane, ainsi qu'une levée progressive des sanctions. Il appelle à une approche plus nuancée, qui tienne compte des réalités locales et des aspirations de la société cubaine.
Une comparaison avec la guerre froide
Rojas établit un parallèle avec la guerre froide, où les États-Unis et l'Union soviétique utilisaient Cuba comme un terrain de confrontation. Aujourd'hui, la Russie et la Chine renforcent leurs liens avec l'île, ce qui pourrait exacerber les tensions. "Nous assistons à une nouvelle guerre froide, mais avec des acteurs différents", conclut-il.



