Les habitants d'El-Obeid, au Soudan, vivent dans la terreur d'un assaut imminent des Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire. La ville, située dans l'État du Kordofan-Nord, est stratégique car elle contrôle les routes vers le Darfour et le sud du pays, ainsi que des ressources agricoles et minières.
La menace des FSR se précise
Depuis plusieurs semaines, les FSR ont renforcé leur présence autour d'El-Obeid, coupant les axes routiers et imposant un blocus. Selon des sources locales, des combats ont éclaté à une trentaine de kilomètres de la ville, faisant craindre une offensive de grande ampleur. "Nous entendons des tirs d'artillerie chaque nuit, et les gens fuient vers le centre-ville", témoigne un habitant joint par téléphone.
Les FSR, dirigées par le général Mohamed Hamdane Daglo, dit "Hemedti", sont en conflit ouvert avec l'armée soudanaise depuis avril 2023. Elles contrôlent déjà une grande partie du Darfour et du Kordofan. El-Obeid, avec ses 300 000 habitants, est un bastion de l'armée régulière, mais les FSR tentent de l'encercler pour affaiblir les forces gouvernementales.
Une situation humanitaire catastrophique
La menace d'un assaut aggrave une crise humanitaire déjà désastreuse. Plus de 10 000 personnes ont fui leurs foyers dans les zones périphériques d'El-Obeid, selon l'ONU. Les prix des denrées alimentaires ont grimpé de 50 % en raison du blocus, et les hôpitaux manquent de médicaments. "Nous n'avons plus d'électricité ni d'eau potable depuis trois jours", déplore un médecin de l'hôpital principal.
Les organisations humanitaires peinent à acheminer de l'aide. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a suspendu ses livraisons dans la région en raison de l'insécurité. "La population est prise au piège. Si les FSR attaquent, ce sera un bain de sang", alerte un responsable local sous couvert d'anonymat.
Les enjeux stratégiques d'El-Obeid
El-Obeid est un carrefour économique et militaire. Elle abrite une importante base aérienne et des entrepôts de l'armée. Les FSR cherchent à s'emparer de ces infrastructures pour contrôler les routes vers le sud et le Darfour. "Prendre El-Obeid permettrait aux FSR de consolider leur emprise sur l'ouest du pays et de menacer directement Khartoum", analyse un expert militaire.
Les combats ont déjà fait des centaines de morts dans l'État du Kordofan-Nord depuis le début du conflit. Les FSR utilisent des techniques de siège, coupant l'eau et l'électricité pour affamer la population. L'armée soudanaise tente de résister, mais elle est affaiblie par des dissensions internes et un manque de soutien logistique.
L'inaction de la communauté internationale
Face à cette escalade, la communauté internationale reste largement silencieuse. Les Nations unies ont appelé à un cessez-le-feu, mais sans résultat. Les États-Unis et l'Union européenne ont imposé des sanctions contre certains dirigeants des FSR, mais cela n'a pas dissuadé les combats. "La communauté internationale doit agir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard", insiste un diplomate africain.
Les habitants d'El-Obeid, eux, ne comptent que sur eux-mêmes. Des comités de résistance se sont formés pour organiser la défense et l'entraide. "Nous ne laisserons pas les FSR entrer dans notre ville. Nous préférons mourir debout que vivre à genoux", lance un jeune volontaire.



