Bobi Wine raconte sa fuite d'Ouganda après mise à prix
Bobi Wine : fuite d'Ouganda après mise à prix

Le principal opposant ougandais, Bobi Wine, a révélé avoir fui son pays après que le fils du président Yoweri Museveni a mis sa tête à prix. Dans un entretien exclusif accordé au Monde, il raconte les circonstances de son exil forcé, un épisode qui illustre la répression croissante contre l'opposition en Ouganda.

Une menace directe du fils du président

Selon Bobi Wine, c'est le fils du président, le général Muhoozi Kainerugaba, qui a ordonné son élimination. « Ma tête a été mise à prix par le fils du président », a-t-il déclaré. Cette menace a contraint le leader du parti National Unity Platform (NUP) à quitter précipitamment l'Ouganda, où il était devenu la cible d'une chasse à l'homme orchestrée par les services de sécurité.

L'opposant, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, a expliqué que sa vie était en danger imminent après que des militaires ont encerclé sa résidence de Kampala. « J'ai dû m'enfuir déguisé, en empruntant des chemins détournés », a-t-il raconté, sans préciser sa destination actuelle, mais en affirmant qu'il continuera à lutter pour la démocratie depuis l'étranger.

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Une répression qui s'intensifie

Cette fuite intervient dans un contexte de répression accrue contre les voix dissidentes en Ouganda. Depuis les élections contestées de janvier 2021, qui avaient vu la réélection de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, les autorités ont multiplié les arrestations, les intimidations et les restrictions à l'encontre de l'opposition. Bobi Wine, qui avait recueilli 35 % des suffrages, avait déjà été assigné à résidence à plusieurs reprises.

Le régime ougandais, dirigé d'une main de fer par Museveni, 81 ans, est régulièrement accusé par les organisations de défense des droits de l'homme de bâillonner toute contestation. La mise à prix de l'opposant par le fils du président, pressenti pour succéder à son père, marque une escalade sans précédent dans la répression.

Un appel à la communauté internationale

Depuis son exil, Bobi Wine a lancé un appel pressant à la communauté internationale pour qu'elle exerce des pressions sur le régime de Kampala. « Le monde doit comprendre que l'Ouganda est devenu une dictature héréditaire », a-t-il martelé. Il a exhorté les puissances occidentales à imposer des sanctions ciblées contre les responsables de la répression, notamment le général Muhoozi Kainerugaba.

L'opposant a également appelé les Ougandais à ne pas baisser les bras et à poursuivre la résistance pacifique. « Nous ne céderons pas à la terreur. La lutte continue, même si je dois la mener depuis l'exil », a-t-il affirmé, tout en promettant de revenir dans son pays dès que les conditions le permettront.

Une opposition fragilisée mais déterminée

La fuite de Bobi Wine laisse l'opposition ougandaise affaiblie, mais pas résignée. Plusieurs de ses lieutenants ont été arrêtés ces dernières semaines, et le parti NUP est soumis à une pression constante. Malgré tout, des manifestations de soutien ont éclaté dans plusieurs quartiers de Kampala, réprimées dans le sang par les forces de l'ordre.

Selon des sources locales, au moins 12 personnes ont été tuées lors de ces affrontements. La communauté internationale, bien que critique, peine à adopter des mesures concrètes. Les États-Unis et l'Union européenne ont condamné la répression, mais sans imposer de sanctions significatives, ce qui alimente le sentiment d'impunité du régime.

Un avenir incertain

L'exil de Bobi Wine soulève de nombreuses questions sur l'avenir politique de l'Ouganda. Le président Museveni, au pouvoir depuis près de 40 ans, n'a jamais désigné clairement de successeur, mais son fils, à la tête des forces spéciales, semble préparer sa succession. La mise à prix de l'opposant pourrait être un avertissement à toute velléité de contestation.

Pour Bobi Wine, cette épreuve renforce sa détermination. « Ils peuvent me chasser de mon pays, mais ils ne pourront jamais me faire taire », a-t-il conclu. Son combat, désormais mené depuis l'étranger, pourrait prendre une nouvelle dimension, avec une campagne internationale visant à isoler le régime ougandais.

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