Antoine Rajerison, député et agriculteur de 52 ans, est devenu l'une des figures les plus en vue de l'opposition à la junte militaire qui dirige Madagascar depuis le coup d'État d'octobre 2025. Élu dans la circonscription rurale d'Ambohimahasoa, il incarne la résistance paysanne face au régime du général Andry Rajoelina.
Un parcours atypique
Fils de petits agriculteurs, Rajerison a grandi dans le village de Fiadanana, où il cultive du riz et du maïs sur une parcelle de trois hectares. Autodidacte, il s'est lancé en politique en 2023 après avoir constaté l'absence de représentation des ruraux dans les instances décisionnelles. « Les paysans sont les oubliés du développement. Nous produisons la nourriture du pays, mais nous n'avons pas voix au chapitre », a-t-il déclaré lors d'un entretien à Antananarivo.
Une opposition frontale
Depuis le putsch, Rajerison multiplie les prises de parole publiques pour dénoncer la junte. En juin 2026, il a été brièvement arrêté après avoir appelé à une grève générale des agriculteurs. Selon des sources proches du dossier, plus de 200 manifestants ont été interpelés ce jour-là. « Nous ne céderons pas à la peur. Le peuple malgache mérite la démocratie », a-t-il martelé lors de son procès, où il a été acquitté faute de preuves.
Son activisme lui a valu des menaces de mort. Sa maison a été incendiée en mars 2026, un acte qu'il attribue aux partisans du régime. La junte a nié toute implication, mais les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, ont dénoncé « une campagne d'intimidation contre les opposants ».
Un soutien populaire grandissant
Malgré les risques, Rajerison bénéficie d'un soutien croissant dans les campagnes. Selon un sondage réalisé en mai 2026 par l'institut malgache Stat-Info, 68 % des agriculteurs interrogés dans sa région approuvent son action. « Il est l'un des seuls à parler en notre nom », témoigne Jeanine Rakotoarisoa, une rizicultrice de 45 ans. « Nous avons besoin de plus de gens comme lui pour défendre nos droits. »
Un avenir incertain
La junte, qui a promis des élections présidentielles pour 2027, considère Rajerison comme une menace. Le général Rajoelina l'a qualifié de « fauteur de troubles » dans un discours télévisé en mai. Les analystes estiment que le régime pourrait durcir la répression à l'approche du scrutin. « Rajerison incarne une opposition rurale qui gêne le pouvoir. Son sort dépendra de la capacité de la société civile à le protéger », explique Solofo Randrianja, professeur de sciences politiques à l'Université d'Antananarivo.
En attendant, Antoine Rajerison continue de cultiver ses champs et de parcourir sa circonscription à moto, distribuant des tracts appelant à la résistance pacifique. « Je ne suis pas un héros, juste un paysan qui refuse l'injustice », conclut-il, le regard déterminé.



