Découragement d'un maraîcher bio face au changement climatique rapide
Maraîcher bio : « Je pensais avoir le temps de me préparer »

Installé depuis 2015 dans le Lot-et-Garonne, Jean-Pierre Rivière, maraîcher bio de 42 ans, exprime son profond découragement face à l'accélération du changement climatique. « Je pensais que j'aurais le temps de m'y préparer », confie-t-il, alors que les aléas météorologiques se multiplient et compromettent ses récoltes.

Des conditions de plus en plus difficiles

Depuis trois ans, Jean-Pierre Rivière observe une augmentation des épisodes de sécheresse, suivis de pluies torrentielles. En 2025, il a perdu 40 % de sa production de tomates à cause d'un excès d'eau. « Les plants pourrissent sur pied, c'est une perte sèche », explique-t-il. Les températures estivales dépassent régulièrement les 40 °C, forçant à arroser davantage, mais l'eau devient rare.

Un modèle économique fragilisé

Le maraîcher, qui vend en circuit court via des AMAP et des marchés, voit ses rendements chuter. En 2024, son chiffre d'affaires a baissé de 25 % par rapport à 2020. « Je dois augmenter mes prix, mais les clients sont sensibles à l'inflation », regrette-t-il. Les coûts de production ont bondi : l'irrigation représente désormais 30 % de ses charges, contre 15 % il y a cinq ans.

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Des solutions d'adaptation insuffisantes

Pour faire face, Jean-Pierre Rivière a investi dans des serres ombrières et des systèmes de récupération d'eau de pluie. « Mais ces investissements coûtent cher, et les aides publiques sont complexes à obtenir », souligne-t-il. Il a également modifié ses calendriers de plantation, mais les aléas restent imprévisibles. « On ne peut pas lutter contre des canicules qui durent trois semaines », déplore-t-il.

Un sentiment d'abandon

Le maraîcher se sent délaissé par les pouvoirs publics. « On nous demande de produire bio, local, mais on ne nous donne pas les moyens de faire face au changement climatique », critique-t-il. Il pointe du doigt le manque de soutien à l'agriculture biologique dans les plans d'adaptation. Selon lui, les mesures proposées, comme les assurances récoltes, sont inadaptées aux petits producteurs.

L'avenir incertain de l'agriculture bio

Jean-Pierre Rivière n'est pas un cas isolé. Une enquête de la Fédération nationale d'agriculture biologique (FNAB) publiée en juin 2026 révèle que 35 % des maraîchers bio envisagent de cesser leur activité dans les cinq ans, principalement à cause des difficultés climatiques. « Le bio est plus vulnérable car on n'utilise pas de pesticides de synthèse pour protéger les cultures », explique la FNAB.

Pour l'instant, Jean-Pierre Rivière tient bon, mais le doute s'installe. « Je me demande si je vais pouvoir continuer. J'ai investi toute ma vie dans cette ferme, mais le climat va trop vite », conclut-il. Son témoignage illustre les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs bio face à l'urgence climatique.

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