L'Afrique du Sud est confrontée à un défi majeur après la décision des États-Unis de mettre fin définitivement à leur aide bilatérale pour la lutte contre le sida. Le programme PEPFAR (President's Emergency Plan for AIDS Relief), qui a fourni plus de 100 milliards de dollars à l'échelle mondiale depuis son lancement en 2003, a été interrompu pour l'Afrique du Sud, laissant un vide financier important dans le pays qui abrite la plus grande épidémie de VIH au monde. Avec 7,5 millions de personnes vivant avec le VIH, dont 5 millions sous traitement antirétroviral, le pays doit désormais trouver des solutions alternatives pour maintenir ses programmes de santé.
Un impact direct sur les traitements antirétroviraux
Le financement américain représentait environ 500 millions de dollars par an, soit près de 15% du budget national de lutte contre le sida. Sans cette aide, le gouvernement sud-africain doit compenser cette perte pour éviter une rupture de stock de médicaments. Selon le ministre de la Santé, Joe Phaahla, si les traitements venaient à être interrompus, le pays pourrait connaître une hausse significative des décès liés au sida, qui étaient tombés à 73 000 en 2023. "Nous ne pouvons pas permettre que les progrès durement acquis soient anéantis", a-t-il déclaré.
Les efforts du gouvernement sud-africain
Le gouvernement a annoncé un plan d'urgence comprenant une réallocation budgétaire de 2 milliards de rands (environ 110 millions d'euros) provenant d'autres programmes de santé. Des négociations sont en cours avec les fabricants de médicaments génériques pour réduire le coût des antirétroviraux. Par ailleurs, le ministère des Finances étudie la possibilité d'instaurer une taxe sur les boissons sucrées et les produits de luxe pour financer la lutte contre le sida. "Nous devons protéger les vies gagnées contre le sida", a insisté le ministre Phaahla.
Conséquences régionales et appel à la solidarité
La fin de l'aide américaine ne touche pas seulement l'Afrique du Sud. Les pays voisins, comme le Botswana et le Mozambique, également dépendants de PEPFAR, risquent de voir leurs efforts compromis. Des organisations internationales, dont l'ONUSIDA, ont appelé à une mobilisation mondiale pour combler le déficit. "La communauté internationale doit agir rapidement pour éviter un désastre sanitaire", a averti le directeur exécutif de l'ONUSIDA, Winnie Byanyima.
Depuis 2003, PEPFAR a investi plus de 7 milliards de dollars en Afrique du Sud, permettant de former des milliers de soignants et de développer des infrastructures de santé. Des activistes ont manifesté devant l'ambassade des États-Unis à Pretoria pour protester contre la décision. "PEPFAR a sauvé des millions de vies, l'arrêter est une condamnation à mort", a déclaré le coordinateur de la Treatment Action Campaign.
En attendant, les autorités sud-africaines redoublent d'efforts pour mobiliser des ressources domestiques et internationales, mais le défi est immense. Le pays compte 7,5 millions de personnes vivant avec le VIH, avec un taux de prévalence de 20% chez les adultes. Toute baisse de la couverture des traitements pourrait inverser les progrès réalisés depuis deux décennies, où les nouvelles infections ont chuté de 45% entre 2010 et 2023. L'avenir de la lutte contre le sida en Afrique du Sud dépend désormais de sa capacité à trouver des financements pérennes.



