Près de la moitié des 10 000 stations de lavage automobiles implantées en France sont fermées depuis le milieu de l'été en raison de la sécheresse historique qui frappe le pays. Pauline Perrin, gérante de huit points de lavage Éléphant Bleu en franchise en Côte-d'Or, n'a pas vu un seul client depuis le 3 août. « La situation est dramatique et nous n'avons aucune visibilité », déplore-t-elle.
Une fermeture totale faute d'eau
Avec 75 départements toujours en situation de crise, le niveau maximal d'alerte sécheresse, les restrictions d'eau sont maintenues et les particuliers n'ont pas le droit de laver leur véhicule en station. Cette interdiction, qui vise à économiser la ressource, laisse les professionnels du secteur sans activité. « Je comprends la nécessité d'économiser l'eau, mais il y a une rupture d'égalité avec les autres professions car nous sommes la seule activité totalement à l'arrêt durant cette période, dénonce Pauline Perrin. Même les golfs peuvent continuer à arroser. »
Le nombre de stations fermées augmente chaque semaine, selon Paul Gallaud, président de la branche lavage du lobby automobile Mobilians. « La situation ne s'arrange pas en plus avec un nombre qui grossit chaque semaine », déplore-t-il.
Des pertes financières lourdes
Pour Pauline Perrin, la fermeture prolongée fait plonger sa trésorerie. « J'en suis à une perte d'exploitation mensuelle de 20 000 euros et il n'y a aucun mécanisme d'aide, tant au niveau national que local », détaille-t-elle. Si la situation perdure, beaucoup de gérants pourraient fermer boutique. « Il commence déjà à y avoir des procédures de dépôt de bilan », assure Paul Gallaud.
Ce dernier, qui gère neuf stations en Isère et en Savoie, s'estime plutôt « chanceux ». Ces départements sont en alerte renforcée sécheresse, un cran en dessous du niveau crise, ce qui lui permet d'ouvrir ses stations en mode dégradé, avec un choix de programmes de lavage restreint.
Des dérogations réclamées
Au sein de Mobilians, Paul Gallaud pousse auprès des autorités pour obtenir des dérogations afin que ses collègues des zones en crise puissent ouvrir leurs stations « a minima », pour au moins couvrir les charges, comme le souligne Pauline Perrin. Elle évoque aussi « une tension de plus en plus palpable » sur le terrain. « Nos clients ne comprennent pas pourquoi on est fermé et ils nous engueulent, raconte-t-elle. Certains vont donc laver leur véhicule chez eux alors que c'est interdit et gaspiller encore plus d'eau, ce qui rend donc la mesure inefficace. »
Selon les chiffres fournis par la profession, une station de lavage professionnelle consomme entre 60 et 120 litres d'eau par véhicule suivant le programme, contre 340 litres pour un lavage à domicile. Les stations jouent aussi un rôle de dépollution, rappelle Paul Gallaud : « Elles récupèrent et traitent les boues, les hydrocarbures et les métaux lourds. Sans nous, tous ces polluants partent dans les sols et les nappes phréatiques. »
La menace de désobéir
Sans date de réouverture à l'horizon, Pauline Perrin, comme d'autres gérants, commence à envisager de désobéir. « On va finir par braver les interdits, prévient-elle. Car on ne va pas tenir comme ça pendant des semaines… »



