Depuis des décennies, les avions bombardiers d'eau larguent un produit rouge vif sur les incendies de forêt pour ralentir leur propagation. Ce retardant, souvent composé de phosphates et d'ammonium, est efficace contre les flammes mais suscite des interrogations croissantes sur ses conséquences écologiques.
Composition du retardant rouge
Le produit, commercialisé sous des noms comme Phos-Chek, est un mélange de sels inorganiques (principalement du phosphate d'ammonium), d'épaississants (gomme de guar) et d'un colorant ferrique rouge pour faciliter le repérage. Selon l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), près de 50 millions de litres de ce retardant sont épandus chaque année aux États-Unis.
En France, les sapeurs-pompiers utilisent des produits similaires. Le principal fabricant, Perimeter Solutions, indique que le phosphate d'ammonium agit en refroidissant la végétation et en créant une barrière chimique. Cependant, le colorant et les additifs peuvent contenir des métaux lourds, comme le chrome hexavalent, bien que les normes européennes limitent leur concentration.
Risques pour les écosystèmes
Des études menées par l'US Forest Service montrent que le retardant peut réduire la survie des poissons de 50 % lorsqu'il atteint des cours d'eau. En 2022, une enquête de l'association environnementale Waterkeeper Alliance a révélé que des concentrations élevées d'ammonium dans des ruisseaux de Californie étaient liées aux largages.
En France, une étude de l'INRAE publiée en 2025 a observé une baisse de la diversité des plantes dans les zones brûlées après épandage, avec une prolifération d'espèces nitrophiles. « Le retardant agit comme un fertilisant, perturbant la régénération naturelle », explique le Dr. Marie Dupont, écologue à l'INRAE.
Alternatives et précautions
Face à ces constats, plusieurs pays testent des produits biodégradables à base de polymères naturels. L'Espagne a interdit le colorant rouge dès 2023, privilégiant une version transparente. En France, la Direction générale de la sécurité civile précise que le largage est interdit à moins de 30 mètres des cours d'eau, mais des dérives sont possibles par vent fort.
Le débat reste vif entre efficacité et protection de l'environnement. « Sans ce produit, des milliers d'hectares de forêts et des habitations seraient perdus », défend le colonel Pierre Martin, pompier. « Mais nous devons réduire les doses quand c'est possible. » Les scientifiques appellent à un suivi systématique des effets à long terme.



