Lors des incendies de forêt, les fumées ne se limitent pas aux abords immédiats du feu. Des particules ultrafines et des gaz dangereux peuvent se déplacer sur des centaines de kilomètres, exposant des populations entières à des risques sanitaires sévères, même si elles ne voient pas les flammes.
Une pollution invisible mais persistante
Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), les fumées d'incendie contiennent un cocktail de substances nocives : monoxyde de carbone, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dioxines, et surtout des particules fines PM2,5. Ces particules, d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, pénètrent profondément dans les poumons et peuvent passer dans la circulation sanguine.
Une étude de l'Institut de veille sanitaire (InVS) de 2023 a montré que lors des grands incendies de l'été 2022 en Gironde, les concentrations de PM2,5 ont atteint 250 µg/m³ à Bordeaux, soit 10 fois la limite recommandée par l'OMS. Pourtant, la ville se trouvait à plus de 50 kilomètres des foyers actifs.
Des effets sanitaires à court et long terme
Le Dr. Sophie Lambert, pneumologue au CHU de Lyon, explique : "L'exposition aiguë provoque irritations oculaires, toux, essoufflement. Mais le risque principal est l'accumulation sur des jours ou semaines, qui aggrave les maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques." Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les fumées de feux de forêt sont responsables de 339 000 décès prématurés par an dans le monde.
Les populations vulnérables – enfants, personnes âgées, femmes enceintes – sont les plus touchées. Une étude publiée dans The Lancet en 2024 a établi un lien entre l'exposition aux fumées d'incendie et une augmentation de 15 % des hospitalisations pour asthme chez les enfants de moins de 5 ans.
Comment se protéger à distance
Même loin des flammes, des mesures de protection sont essentielles. Le ministère de la Santé recommande de limiter les activités extérieures, de fermer portes et fenêtres, et d'utiliser un purificateur d'air intérieur équipé d'un filtre HEPA. Les masques FFP2 peuvent filtrer une partie des particules, mais pas les gaz.
La surveillance de la qualité de l'air via les stations locales ou les applications comme Airparif permet d'anticiper les épisodes de pollution. En cas d'alerte, il est conseillé de ne pas pratiquer de sport en plein air et de protéger les personnes fragiles. Les autorités recommandent aussi de vérifier les indices de qualité de l'air avant tout déplacement.
Un enjeu de santé publique grandissant
Avec le changement climatique, la fréquence et l'intensité des incendies augmentent, exposant davantage de populations aux fumées toxiques. Selon Météo-France, la saison des feux s'allonge et s'étend désormais du printemps à l'automne. Le nombre de jours de forte pollution par les fumées a triplé en région méditerranéenne en dix ans.
Pour le Pr. Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, "il faut intégrer la gestion des fumées dans les plans d'urgence sanitaires et développer des campagnes d'information adaptées." Des études supplémentaires sont nécessaires pour quantifier précisément l'impact à long terme sur la santé respiratoire et cardiovasculaire des populations exposées de façon récurrente.



