Le 4 juillet 2026, le site de l'ancienne mine d'amiante de Canari, en Haute-Corse, a achevé son démantèlement. Après des décennies de controverses, les derniers bâtiments industriels ont été détruits, laissant place à un paysage en cours de renaturation. Cependant, pour les habitants, cette disparition physique ne signifie pas la fin des souffrances.
Un passé industriel lourd
Exploitée de 1948 à 1965, la mine d'amiante de Canari a employé jusqu'à 500 ouvriers, extrayant plus de 1,5 million de tonnes de minerai. L'amiante, une fibre minérale cancérogène, a causé des maladies respiratoires chez de nombreux travailleurs et riverains. Selon l'Association des victimes de l'amiante de Canari, plus de 200 personnes sont décédées des suites de pathologies liées à l'amiante dans la région.
« Le démantèlement est une étape importante, mais il ne rendra pas la vie à ceux qui sont morts », déclare Marie-Antoinette Luciani, présidente de l'association. « Nous demandons toujours une reconnaissance officielle et des indemnisations pour les familles. »
Un chantier colossal
Les travaux de dépollution et de démolition, lancés en 2022, ont coûté 45 millions d'euros, financés par l'État et la Collectivité de Corse. Ils ont nécessité l'évacuation de 300 000 mètres cubes de déchets amiantés, traités dans des centres spécialisés. Le site, qui s'étend sur 25 hectares, a été entièrement nettoyé, avec un objectif de réhabilitation écologique.
« C'est un soulagement de voir ces bâtiments disparaître, mais la terre reste contaminée », explique Jean-Baptiste Albertini, maire de Canari. « Nous devons maintenant surveiller les sols et l'eau pendant des années. »
Des séquelles sanitaires et environnementales
Malgré le démantèlement, les conséquences sanitaires persistent. L'amiante est responsable de cancers du poumon, de la plèvre et de l'asbestose, avec un temps de latence pouvant atteindre 40 ans. Les études épidémiologiques menées par l'Agence régionale de santé (ARS) montrent une incidence anormalement élevée de mésothéliomes dans la région de Canari, avec un taux trois fois supérieur à la moyenne nationale.
Sur le plan environnemental, les poussières d'amiante ont contaminé les sols et les cours d'eau. Des analyses réalisées en 2025 ont révélé des concentrations résiduelles dans les sédiments du ruisseau de Canari, nécessitant des restrictions d'usage pour l'eau potable.
Mémoire et avenir
La municipalité prévoit d'aménager un mémorial sur le site pour rappeler l'histoire de la mine et ses victimes. Un projet de centre d'interprétation est également à l'étude. « Nous ne voulons pas que cette tragédie soit oubliée », insiste le maire. « Les générations futures doivent savoir ce qui s'est passé ici. »
Parallèlement, des initiatives de développement durable sont envisagées, comme l'installation de panneaux solaires sur les terrains réhabilités. Mais pour les habitants, le chemin vers la réconciliation est long. « On ne peut pas effacer le passé, mais on peut construire un avenir plus sûr », conclut Marie-Antoinette Luciani.



