Installer des micro data centers dédiés aux calculs IA au pied des éoliennes, au cœur des fermes solaires, voire dans les centrales biomasse : c’est le pari d’Antimatter. Le groupe installé à Cannes-La-Bocca (06) vient d’annoncer un juteux contrat portant sur le déploiement en France et en Europe de 280 unités de calculs utilisant l’énergie verte des EnR (énergies renouvelables). Un modèle plus vertueux, qui n’a pas besoin d’eau pour refroidir ses structures, mais qui peut aussi être déployé très rapidement.
Des containers de 16 mètres carrés
On peut concevoir « petit », mais voir « grand ». Avec sa société Antimatter, David Gurlé annonce le développement européen de ses petits data centers baptisés PoliCloud, mais à grande échelle. Le concept PoliCloud repose sur des containers faisant office de data centers.
But : proposer un maillage de centres de calculs dédiés à l’IA n’utilisant pour leur alimentation et leur refroidissement que de l’énergie verte provenant des EnR. De son côté, c’est la société CloudGrid Energy qui pilote le développement, le financement et l’exploitation de ces data centers prenant la forme de containers qui, sous forme de structures de 16 m² ont bien des avantages. « Pas besoin de permis de construire, pas besoin d’eau, juste d’un raccordement à la fibre : ce système directement alimenté par l’énergie verte peut être produit en moins de cinq mois et immédiatement opérationnel après son installation », s’enthousiasme David Gurlé, cofondateur et PDG d’Antimatter, auprès de 20 Minutes.
Si elle fait sens d’un point de vue écologique, l’idée n’est cependant pas philanthropique. La finalité pour Antimatter reste de vendre des services de traitement de données et, pour les énergéticiens qui ont déjà amorti leurs structures, d’augmenter leurs ressources et la valeur de leur électricité produite. Comment ? En la convertissant en heures de calculs par des serveurs, tout simplement ! Du pur partage de revenus.
« Pour les énergéticiens qui investissent dans un PoliCloud, c’est un peu comme un système de franchise, avec une facilité déconcertante pour eux, parce qu’une fois qu’ils ont préparé le terrain pour l’installation d’un container, nous prenons la main. Ils peuvent ainsi récupérer leur mise entre la seconde et troisième année d’exploitation », précise David Gurlé. Reste un investissement entre 2 et 8 millions d’euros pour un PoliCloud, en fonction de sa taille et de son équipement.
280 micro data centers d’ici à 3 ans
À terme, l’accord conclu avec CloudGrid Energy (pour 280 PoliCloud et un investissement de 580 millions d’euros) constitue un programme représentant 29.000 GPU (processeurs graphiques pour IA), 2 millions de vCPU (unité de puissance de calcul utilisée par les machines virtuelles et les services cloud) et 35 MW de capacité énergétique. Ce qui n’est pas rien.
« En France, 16 sites ont été identifiés pour accueillir 66 PoliCloud. Mais il y a aussi l’Allemagne, la Suède, l’Italie et l’Espagne où les infrastructures seront déployées dans les 18 prochains mois », ajoute le patron d’Antimatter, qui vise la barre symbolique de 1.000 PoliCloud installés d’ici à fin 2030. Soit demain.
Et c’est l’un des aspects de sa démarche sur lequel David Gurlé compte marquer des points : sa réactivité face à la demande exponentielle en ressources pour l’IA. Là où il est nécessaire de recourir à d’importants et longs travaux pour créer de classiques data centers (quand ce n’est pas à cause d’interminables décisions politiques), lui promeut le fait « d’aller à l’électron, plutôt que de faire venir l’électron à lui ». « Cela nous permet de nous positionner juste à côté des sources d’énergie disponibles, de tisser un réseau, tout en proposant une solution souveraine pour les calculs de l’IA, mais aussi le stockage de données », ajoute David Gurlé. En partenariat avec Urbasolar, l’un des principaux producteurs indépendants d’énergie photovoltaïque en Europe, le premier data center PoliCloud fonctionnant à l’énergie solaire est déjà en service sur le site de Bonne Voisine, dans l’Aube, en France.



