Pour Christian Castelnau, le confinement est "une expérience qu’on n’aurait jamais osé tenter". Ce psychiatre héraultais, qui coordonne l’équipe médicale de la clinique psychiatrique Stella (groupe Oc Santé, à Entre-Vignes, entre Nîmes et Montpellier), revient sur les effets psychologiques du confinement et du déconfinement.
Comment sort-on psychologiquement du confinement ?
Tout dépend de la personnalité de chacun : ceux qui ont le mieux vécu le confinement sont ceux qui ont des phobies sociales. Pour les autres, les souffrances sont différentes, avec des capacités de résilience variables selon les individus.
Pendant le confinement, beaucoup de gens ont réussi à faire avec, malgré des contraintes fortes. "Les mêmes obligations ont été imposées à tout le monde, et ce côté obligatoire, le fait de ne pas avoir à décider, d’avoir quelqu’un qui décide pour vous, a pu avoir un côté rassurant", explique le psychiatre. Peu de personnes se sont plaintes, même si la cohésion initiale, les relations avec les voisins et l’empathie pour les soignants se sont étiolées au fil du temps.
Quels changements ce type de situation peut-il susciter ?
On a beaucoup dit que c’était un temps favorable à l’introspection. Le nombre d’heures disponibles a globalement augmenté, mais tout dépend des capacités de chacun à réfléchir. "Ce qui est sûr, c’est qu’on a vécu beaucoup plus profondément le sens de la mort, ça met une bonne boussole, et ça permet de relativiser beaucoup de choses."
Y aura-t-il un "avant" et un "après" ? Ou tout sera-t-il oublié dans six mois ? "Ça nous inquiète sur le plan philosophique… On n’en sait rien, on va découvrir maintenant les effets du confinement et du déconfinement, et il y aura des effets. Mais aujourd’hui, il est encore difficile de répondre, c’est un champ immense pour la recherche." Plus ou moins de suicides ? Plus d’empathie ? Ce qui est certain, c’est que nous avons vécu une expérience exceptionnelle, avec une éducation accélérée aux questions de santé.
L’engagement des soignants
Les premiers retours sont plutôt positifs. L’engagement des soignants laissera peut-être des traces positives dans une société sclérosée. "Les soignants, et je ne parle pas de nous qui n’étions pas au cœur du réacteur, ont été admirables. Je ne sais pas quel impact durable ça aura sur la société, mais ces vertus humaines positives, cet engagement, font un bien fou."
Comment les personnes souffrant de maladies psychiatriques ont-elles traversé cet épisode ?
Tous les patients de Christian Castelnau sont globalement plus anxieux qu’avant. Les dépressions et les troubles de la solitude se sont aggravés. La durée du confinement et les tensions familiales ont accentué les problèmes des personnes maniaco-dépressives, bipolaires, schizophrènes… "Une personne vulnérable a besoin d’un espace minimum."
Le suivi a dû s’adapter : le psychiatre s’est mis à la télé-consultation. "On ne touche pas nos patients, notre spécialité s’y prête. Mais sans face-à-face, c’est une psychiatrie différente. Et c’est compliqué avec de nouveaux patients." Il envisage un usage plus régulier et une formation à cette pratique pour les patients venant de loin (Aude, Lozère).
Les chercheurs mobilisés
De nombreuses études rendront compte de l’état psychologique des personnes confinées et déconfinées. L’une d’elles, lancée dès le 16 mars par Anne Giersch (directrice du laboratoire Neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie à Strasbourg), a recueilli les réponses d’une centaine de personnes sur la santé, l’infection, l’inquiétude, les conditions du confinement, le réseau social, l’humeur, les émotions et les perceptions. "De précédents travaux ont montré que l’isolement peut participer à l’émergence d’hallucinations ou d’expériences de sortie du corps", explique Anne Giersch. Un second questionnaire a été adressé aux participants lors du déconfinement, et les volontaires ont écrit chaque jour une dizaine de lignes pour relater leur expérience.



