Le collectif THT 13/30 organise un grand rassemblement « citoyen et démocratique » samedi 19 septembre à 18 h 30 au théâtre antique d’Arles, contre la future ligne aérienne à très haute tension (THT) de 400 000 volts portée par l’État et RTE. Ce projet, qui doit relier Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer d’ici 2030 via 145 pylônes, suscite une opposition croissante. Les organisateurs parlent d’un « rendez-vous de la dernière chance » pour faire remonter le besoin d’un projet alternatif.
Un calendrier politique accéléré
Selon Jean-Laurent Lucchesi, biologiste à la retraite et porte-parole du collectif, « le président Macron veut voir le décret de déclaration d’utilité publique (DUP) publié avant la présidentielle, car c’est ensuite très complexe d’engager un recours en annulation ». L’instruction de la DUP s’achèvera dans les prochains jours, ce qui permettra de lancer l’enquête publique à l’automne, « donc d’aboutir à la signature de la DUP au premier trimestre 2027 », calcule-t-il. Cette accélération soudaine est dénoncée par le collectif, qui refuse toujours le scénario aérien malgré la campagne de communication orchestrée par RTE au cœur de l’été.
Le choix du théâtre antique d’Arles pour ce rassemblement est un symbole, en ce week-end des Journées du Patrimoine. « Il ne faut pas saccager ce patrimoine naturel que représente la Camargue, territoire qui, paradoxalement, a été protégé par l’État dans les années 70 avec la création du premier parc régional, du conservatoire, de la réserve de biosphère… », énumère Luc Perrin, co-président de l’Association de sauvegarde de la Terre d’Argence (Asta), membre du collectif THT 13/30.
Des « proposants » et non des opposants
Jean-Laurent Lucchesi le rappelle d’emblée : « On veut nous faire passer pour des radicalisés, alors que nous ne sommes pas des opposants mais des proposants ». Il précise : « Nous ne sommes pas des ennemis des industriels, on a tous conscience des besoins d’électrification nécessaires aux enjeux de souveraineté nationale. C’est même un peu fort de nous accuser, nous, d’être opposés à la décarbonation, alors que beaucoup d’entre nous militent pour l’arrêt du pétrole depuis des années. La seule chose qui nous gêne, c’est la ligne aérienne. Le sacrifice environnemental a déjà été fait pour créer jadis le port de Fos-sur-Mer, ne faisons pas une nouvelle saignée à travers la Camargue et la plaine de La Crau ». Il ajoute, comme un slogan : « Enterrez la ligne et il n’y aura plus de problème ».
Ce positionnement fait consensus sur le territoire, « y compris auprès d’élus de sensibilités très différentes », assure Jean-Laurent Lucchesi. Le collectif, qui regroupe 36 associations, veut ainsi marteler que c’est tout un territoire qui bataille aujourd’hui.
Le contre-argumentaire face à RTE
Les membres du collectif ont « bondi » cet été en voyant les arguments avancés par RTE pour défendre le projet. « Ils disent qu’elle ne passera qu’en zone périphérique, qu’elle évitera la Camargue. C’est faux. Le sillon est tracé en pleine réserve de biosphère, en zone Natura 2000 et dans le parc régional », dénonce Jean-Laurent Lucchesi, qui ironise : « On me dit de me taire parce que je ne suis pas électricien, mais eux ne sont pas biologistes ». Il prend un exemple : « Sur les 600 espèces d’oiseaux en Europe, 400 passent par le delta de Camargue au moment des migrations avec tous les risques de collision ou d’électrification que cela comporte. Dans la plaine de La Crau, le ganga cata, espèce endémique et emblématique, est menacée ».
Les risques ne sont pas qu’environnementaux, assurent David Ausset et Gaël Briez, propriétaires du Domaine des Clos et d’Un Mas en Provence, qui font notamment de l’accueil touristique. « Qui va vouloir faire un séjour avec vue sur des pylônes de 40 à 100 mètres de haut, reliés par 24 câbles ? Je travaille avec une agence touristique qui a refusé d’envoyer des clients dans un domaine arlésien à cause d’une simple ligne 63 000 volts, alors imaginez une ligne à 400 000 volts. Il a pourtant été démontré que 1 € dépensé par un client génère 12 € de retombées pour le territoire », déplore Gaël Briez. Anne Collard, vigneronne et propriétaire du domaine Château Mourgues du Grès, acquiesce : « Le vin, c’est aussi de l’image. Je ne pourrais faire venir personne sur mon domaine défiguré par cette ligne THT, alors que j’ai toujours privilégié une démarche en bio, une approche très vertueuse ».
Jean-Laurent Lucchesi reprend la parole : « RTE avance un chiffre de 30 M€ budgété pour indemniser les agriculteurs. Mais sur quelle base ? Il est impossible de déterminer l’impact économique de ce projet, la dépression des propriétés… Ce sont pourtant des emplois non délocalisables que l’on va sacrifier pour d’hypothétiques projets sur le site de Fos-sur-Mer ».
Un projet alternatif d’enfouissement
Samedi, le collectif THT 13/30 remettra en avant son projet alternatif d’enterrer la ligne THT, « avec des solutions faisables, déjà réalisées en Suisse, en Allemagne… et même en France ». « Des experts ont validé que cela marcherait », précise Jean-Laurent Lucchesi, qui ajoute : « RTE dit que cela n’irait pas assez vite, mais tous les projets industriels à Fos-sur-Mer ont déjà pris du retard. On parlait de 2028 à l’époque, on annonce maintenant le démarrage des process industriaux pour 2030 ou 2032, il n’y a donc pas urgence ». D’autant que la liaison marine La Gaudière – Fos, le projet MidiProvence, « permettra aussi de répondre aux besoins d’électrification du site industriel ».
Le collectif assure que son projet aura un impact très limité : « RTE avance qu’enterrer du courant alternatif, à 400 000 volts, nécessite de faire des siphons sur 30 mètres de large, soit l’emprise d’une autoroute. C’est vrai, d’où notre solution d’implanter un transformateur, en début de ligne, qui permet de passer sur du courant continu, ce qui permet de passer sur un sillon d’un mètre, à une profondeur de 1,5 mètre. RTE l’a déjà fait ». Le coût de ce projet souterrain, chiffré à 3,99 milliards d’euros, serait à peine plus élevé que la ligne aérienne, « puisque celle-ci a été sous-estimée. Cette solution aérienne coûterait selon nos experts 3,68 milliards d’euros ».
Au-delà de la bataille de chiffres, le collectif veut faire entendre une voix unanime. « Dans la région, nous sommes presque tous d’accord. Il faut maintenant que nos revendications remontent. Plus nous serons nombreux le 19 septembre, plus nous aurons de chances de faire plier le gouvernement », conclut Jean-Laurent Lucchesi. Une pétition mise en ligne il y a trois mois sur Change.org contre la ligne aérienne a déjà recueilli plus de 45 000 signatures, et environ cent élus d’Occitanie et de Paca, de toutes obédiences, ont annoncé leur participation pour signer un « serment » qui sera envoyé à l’Élysée. Des candidats à la présidentielle pourraient également être présents, bien que le collectif affirme ne pas vouloir de « récupération » politique.



