La construction d'une retenue d'eau destinée à alimenter en neige de culture une station de ski des Pyrénées-Orientales est au cœur d'une polémique, alors que le département subit une sécheresse exceptionnelle. Le projet, porté par la commune et la société d'exploitation, prévoit un bassin de 120 000 m³, soit l'équivalent de 48 piscines olympiques. Selon les opposants, cette infrastructure aggraverait le stress hydrique local.
Un projet contesté dès son annonce
Les associations environnementales, dont France Nature Environnement, ont déposé un recours devant le tribunal administratif. Elles dénoncent un « non-sens écologique » en période de pénurie d'eau. « Comment justifier de stocker de l'eau pour quelques semaines de ski quand les agriculteurs et les habitants manquent d'eau potable ? », interroge Marc Dupuis, porte-parole du collectif Eau Vive 66.
La préfecture des Pyrénées-Orientales a pour sa part validé le projet en mars 2026, estimant qu'il répond à des critères de « développement durable » et de « maintien de l'activité touristique », essentielle pour l'économie locale. La station génère 40 millions d'euros de retombées annuelles et emploie 350 personnes en saison.
Une sécheresse record aggrave les tensions
Le département subit sa troisième année consécutive de déficit pluviométrique. En juillet 2026, le débit de la Têt, principale rivière, est inférieur de 60 % à la moyenne. Les restrictions d'eau sont en vigueur depuis avril, interdisant l'arrosage des jardins et le remplissage des piscines privées. Selon Météo-France, 2026 est l'année la plus sèche jamais enregistrée dans les Pyrénées-Orientales.
Face à ces chiffres, la contestation s'étend. Une pétition en ligne a recueilli 15 000 signatures, et des rassemblements sont prévus chaque week-end. Le conseil municipal de la commune, divisé, a vu trois élus démissionner en signe de protestation.
Les arguments des porteurs du projet
La mairie et l'exploitant rappellent que la retenue d'eau serait remplie uniquement en période de hautes eaux, entre novembre et mars, et ne prélèverait que 20 % du débit de la rivière. « Sans cette réserve, la station devra fermer, ce qui serait une catastrophe économique pour tout le massif », plaide Jean-Pierre Martinez, maire de la commune. La station a déjà réduit de 30 % sa production de neige par rapport à 2020.
Les opposants ne sont pas convaincus. « Le changement climatique rend le ski à basse altitude obsolète. Il faut investir dans une diversification touristique, pas dans des retenues d'eau », rétorque Sophie Leblanc, chercheuse au CNRS en hydrologie. Une étude d'impact commandée par la préfecture prévoit une baisse de 10 % de l'enneigement naturel d'ici 2040.
Vers un arbitrage judiciaire
Le tribunal administratif de Montpellier doit examiner le recours en septembre. En attendant, les travaux préparatoires ont été suspendus par un référé. Cette décision est saluée par les associations, mais critiquée par les élus locaux. Le préfet a indiqué qu'il respecterait la décision de justice, tout en espérant une issue rapide pour éviter une saison blanche.
Ce conflit illustre les dilemmes de l'adaptation au réchauffement climatique dans les territoires de montagne, où la question de l'eau devient centrale. Les Pyrénées-Orientales, déjà éprouvées par les incendies et les canicules, pourraient devenir un symbole de cette transition difficile.



