La France traverse sa cinquième canicule depuis mai, avec un record d'hectares brûlés et un mois de juillet 2026 le plus chaud jamais enregistré depuis 1900 (+3,8 °C par rapport aux normales). La sécheresse touche 98 départements sur 101. Marine Tondelier y voit une confirmation des alertes écologistes, mais le mouvement subit de violentes attaques du Rassemblement national.
Une offensive du RN contre l'écologie politique
Dès les premières canicules, le RN a critiqué « l'écologie de la décroissance », accusant les écologistes d'avoir « refusé les débroussaillages », une affirmation niée par les Verts. Pour Amandine Richaud Crambes, ingénieure en environnement, ces critiques viennent de partis sans programme écologique, qui tentent de « se trouver une position de dernière minute ». Elle y voit un « discours d'opposition opportuniste », d'autant que 9 Français sur 10 considèrent le dérèglement climatique « en route » (sondage Odaxa-IFI, septembre 2025).
Juliette Grange, autrice de Pour une philosophie de l'écologie, analyse : « La meilleure défense, c'est l'attaque. Face aux risques de voir exhumer leur précédent discours climatosceptique, l'extrême droite préfère faire contrefeu en bombardant les écolos de critique. »
Des écologistes en difficulté pour capitaliser
Malgré les catastrophes, les intentions de vote pour Marine Tondelier restent modestes (3 à 5 % selon Elabe, OpinionWay, Harris, Ifop). Un sondage Toluna-Harris Interactive de mai 2026 montre une confiance limitée (32 %) envers Les Écologistes, loin derrière le RN (41 %). François Gemenne, chercheur et coauteur du Giec, constate : « La séquence de l'été n'est pas du tout favorable aux Ecologistes, et c'est paradoxalement le RN qui récolte le marron des feux. » Il juge le procès « mauvais », mais admet que les écologistes « sont parfois restés au stade de l'alerte ».
La climatisation est devenue un symbole de division. LFI s'y oppose, Marine Tondelier la juge « inégalitaire » et « aggravant le phénomène ». Pourtant, la France produit un surplus d'électricité bas carbone en été. Gemenne souligne un biais : « Les politiques écologiques ont parfois tendance à voir toute solution ou adaptation comme un tabou ». Un sondage Odoxa-Figaro montre que 83 % des Français sont favorables à la généralisation de la climatisation, dont 73 % des militants écologistes.
Un manque d'imaginaire et un contexte mondial défavorable
Le RN capitalise sur un « grand plan climatisation », jugé irréaliste par certains. Pour Corine Pelluchon, philosophe, les écologistes n'ont pas « su créer un imaginaire assez fort et porteur », présentant les adaptations comme des contraintes. Juliette Grange y voit une « sphère capitaliste » qui se jette dans « le solutionnisme illusoire ». À l'international, les États-Unis (avec Donald Trump) et l'Europe (fin de l'interdiction des moteurs thermiques en 2035, ralentissement du Pacte vert) renoncent à des mesures écologiques.
Une étude de la Harvard Business School (2024) montre que les incendies augmentent le soutien aux écologistes seulement là où il n'y a pas d'intérêts économiques liés au défrichement. Malgré tout, 58 % des Français veulent que le climat soit un sujet important à la présidentielle 2027 (+6 points, sondage Odoxa). Amandine Richaud Crambes note : « J'entends des gens évoquant le réchauffement climatique alors qu'ils n'en parlaient pas il y a quatre ans. »



