La municipalité de Ramatuelle, dirigée par le maire Jean-Pierre Fresia, a adopté une politique active d'acquisition de terrains boisés pour anticiper les obligations de compensation écologique liées à ses futurs grands projets. Lors du conseil municipal du 27 juillet 2026, trois délibérations ont acté l'achat de parcelles, dont deux entièrement forestières. L'objectif : créer une réserve de terres vierges pour compenser la « perte nette de biodiversité » induite par des chantiers comme le parking souterrain boulevard du 8 mai ou un bâtiment avenue Clemenceau, dont le coût a grimpé de 7,4 à 17,8 millions d'euros.
Une stratégie de stockage foncier
La loi Biodiversité impose aux communes de compenser les atteintes à la nature, ce qui peut créer des difficultés pour trouver des espaces à sanctuariser. Pour éviter les blocages, comme celui observé au giratoire Patch en attente de travaux, la Ville se porte acquéreuse dès qu'une parcelle est mise en vente. Deux terrains aux Combes ouest, en bordure de la route de Collebasse, ont été acquis via la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer), qui peut exercer un droit de préemption environnemental. Cela permet à la commune d'être prioritaire sans concurrence des offres.
Au total, plus de 3 hectares de bois, vignes et maquis ont été achetés pour 50 000 euros, soit 1,30 euro du mètre carré, selon Michel Franco, leader de l'opposition. À cela s'ajoute une parcelle attenante de 606 m² avec une construction de 48 m² pour 62 500 euros. Interrogé sur la vocation de ces espaces, le maire Jean-Pierre Fresia a répondu : « Pour être honnête, nous ne savons pas encore. Si nous avons la moindre idée, nous vous la partagerons. » Son adjoint Alexandre Surle a précisé qu'un bail est en cours sur l'habitation.
Un prix qui interroge l'opposition
L'achat d'une autre parcelle forestière de plus de 2 hectares au quartier du Val de Limbert, pour 210 000 euros (10 €/m²), a suscité des critiques. La majorité justifie cette acquisition par la protection de la tortue d'Hermann, espèce susceptible de fréquenter le secteur. Michel Franco conteste : « L'argument de la tortue, j'y crois moyen puisque nous sommes déjà en zone naturelle renforcée. Donc quel est l'intérêt ? » Le maire a répondu : « Réserve foncière. » L'opposant a alors souligné l'écart de prix : « On passe de 1 euro à 10 euros le m². Donc la municipalité participe à l'augmentation du prix des parcelles boisées sur la commune. » Alexandre Surle a défendu la décision : « Il y avait un autre acheteur à ce prix donc on devait s'aligner, sinon le terrain serait passé dans le privé. »
Renoncement à un jardin constructible
La majorité a également renoncé à préempter un jardin constructible de 112 m², mis en vente à 1 150 000 euros, situé sous la place de l'Ormeau. Benjamin Courtin, élu d'opposition, a déploré : « Lorsqu'on descend la place, c'est l'endroit où il y a encore un bout de vue. Demain, ce sera fermé. » Le maire a assuré : « Tu verras, il ne montera pas au-dessus », sans donner plus de détails. Interloqué, Courtin a demandé pourquoi un délai d'évaluation n'était pas pris, ce à quoi Fresia a répondu : « Parce que je n'ai pas envie. J'en ai discuté avec mes conseillers municipaux, il s'est dégagé une majorité pour ne pas préempter. Voilà. » Le vote a recueilli une abstention de la minorité, et le débat a été clos.



