Monaco : l'eau, une ressource de plus en plus rare
Monaco : l'eau, une ressource de plus en plus rare

La production d'eau monégasque ne couvre plus qu'un quart des besoins de la Principauté, contre près de la moitié il y a quelques années. Cette baisse significative, couplée à une dépendance accrue aux ressources extérieures, pousse la Société Monégasque des Eaux (SMEaux) à rechercher activement de nouvelles sources et à préparer des plans de crise pour faire face aux pénuries potentielles.

Une dépendance croissante aux ressources extérieures

Monaco dispose de plusieurs captages locaux, notamment Ingram, Testimonio, Marie, Vaulabelle, le puits Nord, le puits Annonciade et Alice. Cependant, ces sources ne suffisent plus. Le reste de l'approvisionnement repose sur des ressources situées hors du territoire, une dépendance qui devient problématique avec la dégradation des conditions météorologiques. Les sources monégasques, situées en milieu karstique, sont directement liées aux précipitations. Elles peuvent produire davantage d'eau lorsque les réserves se reconstituent, mais deviennent fragiles en période de sécheresse.

Depuis la tempête Alex en octobre 2020, les ressources extérieures sont également moins fiables. La capacité des puits de la Roya a diminué, affectant l'alimentation de la Principauté. Cette situation oblige Monaco à revoir sa stratégie de gestion de l'eau.

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Des économies d'eau déjà réalisées, des marges limitées

La Principauté a déjà intégré les messages sur les économies d'eau depuis les années 2000 : éviter de laisser couler inutilement, limiter l'arrosage aux heures adaptées, privilégier les douches, renouveler les équipements ménagers. Grâce à ces efforts, les volumes consommés ont fortement baissé, atteignant 5,4 millions de m³/an en 2023-2024. Ce chiffre est remonté à environ 5,6 millions de m³/an avec la construction du quartier Mareterra, contre près de 6 millions au début des années 2000.

Cependant, Manuel Nardi, directeur général de la SMEaux, estime que cette période de gains est derrière nous. Sans restrictions particulières, les marges supplémentaires sont limitées. Une nouvelle diminution importante nécessiterait de changer radicalement les habitudes. Le rendement du réseau dépasse déjà 95 %, ce qui limite les pertes.

Explorer le sous-sol et réhabiliter les sources anciennes

Pour trouver de l'eau, la SMEaux se tourne vers le sous-sol monégasque. Le puits Annonciade est un exemple réussi : découvert en 2022, il a révélé une cavité karstique d'environ sept mètres de diamètre, un signal encourageant en période de sécheresse. Après des forages de reconnaissance et d'exploitation, le puits est en production depuis 2023 et est devenu l'une des principales ressources locales.

La Principauté cherche aussi à réhabiliter des sources existantes. Vaulabelle, située sous le quartier du Larvotto, doit être réhabilitée. La SMEaux prévoit des forages le long de la galerie menant à la source pour reconstituer son fonctionnement hydraulique ancien. « Ce n'est pas une découverte, c'est une réhabilitation d'une source anciennement plus prolifique », explique Manuel Nardi. L'objectif est de retrouver une production de 100 à 120 m³/h, bien que le rendement final ne soit pas garanti.

Préparer les crises et diversifier les approvisionnements

L'été 2023 a montré l'urgence de préparer des plans de crise. Des restrictions d'usage ont été prises, mais la question plus profonde était : que faire si l'eau venait à manquer ? La SMEaux a élaboré des plans de reprise opérationnelle et de crise avec les pompiers et les autorités. Ces plans prévoient de prioriser certains usages : la défense incendie, les établissements de santé, les crèches et d'autres sites prioritaires. Le réseau compte environ 2 000 vannes, et les équipes ont mis en place un système de repérage avec code couleur pour agir rapidement. Un exercice surprise a été réalisé auprès des 47 salariés de la SMEaux pour tester leur capacité à réorganiser le réseau. « Il faut répéter 50 fois pour le jour où il y a l'urgence, on ne se pose pas la question », résume Manuel Nardi.

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En parallèle, la SMEaux expérimente le traitement poussé des eaux usées. Un pilote teste différentes technologies pour obtenir une eau de qualité suffisante pour certains usages futurs. Les volumes sont encore faibles, mais l'objectif est d'expérimenter aujourd'hui ce qui pourrait devenir une solution demain. Monaco ne peut pas étendre son territoire ni faire tomber plus de pluie, mais elle peut agir sur ce qu'elle contrôle : mieux consommer, mieux stocker, limiter les pertes, rechercher de nouvelles sources et réutiliser les eaux usées. L'enjeu de demain n'est pas seulement de faire couler l'eau au robinet, mais de savoir d'où elle viendra et comment la Principauté pourra continuer à en disposer.