La production de miel en Occitanie connaît une baisse significative en 2026, conséquence directe de la sécheresse et de la pression des prédateurs comme le frelon asiatique et le varroa. Selon Gilbert Martin, président du syndicat d'apiculture du Gard, la production nationale pourrait chuter nettement sous les 24 000 tonnes enregistrées l'an dernier.
Un impact sévère de la sécheresse sur les colonies d'abeilles
La sécheresse de 2026 a privé les abeilles de fleurs, donc de nectar et de pollen, entraînant l'arrêt de la ponte des reines et l'effondrement des populations. Gilbert Martin, basé à Nîmes, a subi près de 20 % de mortalité dans ses ruches. Cette situation affecte les apiculteurs dans les mêmes proportions que les éleveurs et de nombreux agriculteurs de la région.
Les pluies automnales attendues pourraient toutefois amortir le choc, selon le président du syndicat d'apiculture du Gard, qui espère une amélioration des conditions pour les ruches affaiblies.
Le frelon asiatique, un prédateur en forte progression
L'année 2026 a également été marquée par une pression exceptionnelle du frelon asiatique, principal prédateur des abeilles, particulièrement autour de Montpellier. Irène Demont, animatrice de section apicole de la fédération régionale des groupements de défense sanitaire d'Occitanie, confirme : "On a un réel problème avec le frelon, la pression a été énorme cette année. Cela représente 20 % à 30 % des pertes et des chutes de production de miel importantes, en particulier sur le miel de lavande."
Un nid de frelons consomme en moyenne de mars à octobre 11 kilos d'insectes, dont 38 % d'abeilles. Pour lutter contre cette prédation et les nuisances envers les humains, le ministère de la Transition écologique a annoncé le 9 septembre l'adoption d'un plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes. L'arrêté stipule que ce plan doit "fédérer l'ensemble des acteurs concernés afin d'organiser une lutte cohérente à l'échelle nationale, reposant sur des méthodes efficaces, respectueuses de la santé humaine et de l'environnement."
Le varroa, un acarien de plus en plus résistant aux traitements
Outre le frelon, les abeilles subissent les attaques du varroa destructeur, un acarien importé d'Asie qui se nourrit des larves et des nymphes. Karine Saget, vétérinaire référente de l'observatoire des mortalités et des affaiblissements de l'Abeille d'Occitanie, souligne : "On a une grosse mortalité hivernale liée à cet acarien, qui sévit depuis les années 80. C'est de plus en plus difficile à traiter car il se cache dans le couvain et fait preuve de résistance aux traitements."
La mortalité annuelle des abeilles est estimée à 30 %, un chiffre multiplié par trois en trente ans. Les pesticides, qui entraînent une désorientation des insectes, aggravent également la situation.
Une filière fragilisée mais toujours présente en Occitanie
L'Occitanie compte plus de 300 000 ruches, soit 17 % du cheptel national, ce qui en fait la 2e région productrice. Elle abrite 7 400 apiculteurs, mais une majorité d'amateurs : seulement 430 possèdent plus de 200 ruches. Fabien Dubreuil, apiculteur en Lozère et président de l'Association de développement des apiculteurs d'Occitanie, constate : "La production de miel par ruche baisse de façon chronique. On se maintient péniblement à 17 kg par ruche mais on ne reverra jamais les rendements des années 90."
Une étude de l'Inrae révèle que 9 % des espèces d'abeilles sauvages sont menacées en Europe à court terme, et les pertes annuelles pour la filière apicole sont estimées à 31 millions d'euros. Selon Gilbert Martin, certains apiculteurs arrêtent, tandis que la moitié des nouveaux formés abandonnent avec le temps. "C'est une activité qu'on exerce plus par amour que pour gagner de l'argent", conclut-il.