La plateforme de coordination et d'orientation des troubles du neurodéveloppement (PCO TND) de Nîmes inaugure ses nouveaux locaux le 16 octobre. Sa responsable, la pédopsychiatre Hélène Poquet, insiste sur l'importance d'une prise en charge précoce : « Plus l'enfant est jeune, plus son cerveau se construit vite. »
Un enfant sur quatre concerné en classe
Dans une classe de maternelle ou de primaire de 25 élèves, quatre enfants sont concernés par un trouble du neurodéveloppement (TND). Dans le Gard, sur 110 000 enfants de 0 à 12 ans, environ 18 000 sont touchés. Ces troubles regroupent l'autisme, les troubles dys, le TDAH et la déficience intellectuelle.
« Leur prévalence augmente, en partie parce qu'on les repère et les diagnostique mieux. Autrefois, un enfant dyslexique ou hyperactif était au fond de la classe ; aujourd'hui, on l'accompagne », explique Hélène Poquet. Les causes sont multiples : prématurité, souffrance périnatale, consommation de drogue pendant la grossesse, âge des parents, maltraitance, précarité. L'impact des perturbateurs endocriniens est à l'étude, mais « l'impact du Chlordécone aux Antilles sur les TND a déjà été démontré ».
Une porte d'entrée unique pour les familles
Les parents concernés connaissent souvent un parcours semé d'obstacles. « Certains ont même souvent entendu "on verra plus tard". Aujourd'hui, l'inquiétude des parents est entendue, c'est un signal d'appel », souligne la pédopsychiatre. La plateforme constitue une porte d'entrée unique pour les médecins comme pour les familles, permettant un accompagnement en quelques semaines dès le premier doute.
« Plus l'aide est précoce, plus on évite qu'une difficulté devienne un handicap. Intervenir tôt permet de diminuer l'intensité des troubles mais aussi de réduire l'épuisement parental », martèle Hélène Poquet.
Un dispositif financé à hauteur d'un million d'euros par an
Ouverte en 2023 pour les 0-7 ans, élargie aux 7-12 ans depuis janvier 2026, la PCO est portée par le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze et financée par l'ARS Occitanie à hauteur de 1 M€ par an. Elle fait partie des 182 plateformes qui maillent le territoire national avec le même objectif : « Repérer plus tôt, intervenir sans attendre le diagnostic, sans frais pour les familles ».
Le médecin traitant utilise le logiciel national Viatrajectoire pour renseigner la situation de l'enfant. La PCO prend ensuite le relais pour coordonner la prise en charge avec des professionnels conventionnés. « Nous avons conventionné avec 200 professionnels de santé dans le Gard pour qu'il n'y ait aucun reste à charge pour les familles, car certains suivis ne sont pas remboursés par la CPAM », précise Hélène Poquet. « Nous ne sommes pas un centre de soins, nous coordonnons, mais nous recevons les cas les plus complexes. »
Des chiffres clés et des perspectives
Huit cents enfants ont été suivis par la PCO, avec « 100 à 150 enfants de plus chaque mois ». Les TND concernent 15 % de la population. Dans le Gard, sur 110 000 enfants de 0 à 12 ans, 18 000 sont touchés. La dyslexie touche 8 % des moins de 12 ans, le TDAH 6 %, l'autisme 1 % et la déficience intellectuelle 1 %. L'âge moyen de repérage est de 4,4 ans pour tous les TND confondus et de 5,4 ans pour l'autisme, environ trois ans et demi après les premiers signes.
En plus de la PCO, un service de repérage précoce de tous les handicaps (y compris polyhandicap et paralysie cérébrale) sera mis en place pour les enfants de 0 à 20 ans, avec des premières prises en charge prévues en janvier 2027. Le suivi par la PCO dure un an, exceptionnellement deux ans, le temps de lancer un suivi, confirmer un diagnostic, ouvrir des droits à la MDPH, obtenir une AESH. Ensuite, l'enfant est suivi en libéral ou dans un CMPEA, un CMPP ou un Camps. Ces troubles ne passent pas avec l'âge : sept adultes sur dix gardent des difficultés plus ou moins grandes, mais une prise en charge précoce permet d'en limiter l'impact sur la vie quotidienne et sociale.