Des milliers d'habitants et de touristes ont été évacués près du Cap Ferret en Gironde, victimes collatérales d'un feu monstrueux devenu incontrôlable. Ils témoignent du choc et d'un avenir obscurci par la fumée.
Dix-huit ans d'attachement réduits en cendres
Lionel Médard, metteur en scène installé à Berlin, a dû évacuer en urgence le camping du Porge jeudi dernier. Il y avait tissé des liens forts pendant dix-huit ans, drainant une communauté de six familles allemandes qui s'y retrouvaient chaque été. "On a évacué jeudi, raconte-t-il. Beaucoup n'y croyaient pas et se disaient, avant que ça arrive jusqu'ici…" Le feu parti de Saumos les a démentis, imposant un scénario noir et improbable. "Un spectacle et en même temps la dure réalité, souffle-t-il. Je savais, avec la seule petite route d'accès entourée de pins, qu'en cas de problème ce serait compliqué. Mais ça s'est fait dans le calme."
La troupe de 25 personnes s'est réfugiée chez la mère de Christian, à Saint-Médard-en-Jalles. "Ça crée une unité, un côté aventure avec beaucoup d'enfants, essaie-t-il de positiver. Le plus compliqué c'est pour ceux qui ont des avions à reprendre, des affaires à récupérer. Mais c'est minime à côté des gens qui risquent de tout perdre."
"J'ai peur qu'Andernos flambe complètement"
Lawrence Leenhardt a été évacuée deux fois : d'abord de Lège, puis hier d'Andernos. "Ma maison est dans un des quartiers touchés à Lège. Je ne sais pas si elle est concernée, s'inquiète-t-elle. En quittant Andernos on a vu le feu très proche. Il n'y a que du pin jusqu'au village. J'ai peur qu'Andernos flambe complètement…"
Guy Muratti, propriétaire de deux chambres d'hôtes à Lège et Arès, a vu ses locataires évacués. "En plein cœur de saison, c'est catastrophique, lunaire, constate-t-il. La région va perdre en attractivité. Qui voudra faire du vélo dans un paysage de cendres ? C'est un drame écologique et économique." Il a remboursé les nuitées perdues aux touristes et redoute la suite : "Avec mes enfants, on se dit qu'on va peut-être vendre ces maisons."
Ostréicultrice évacuée pour la première fois en 27 ans
Maria, ostréicultrice au Cap Ferret, a été évacuée la nuit dernière à 4 heures du matin. "Il y avait des bouchons, on a mis deux heures pour sortir mais tout s'est passé dans le calme." C'était une première pour elle, installée ici depuis 27 ans.
Damien, un Héraultais en déplacement chez ses parents au Cap Ferret, a connu ce départ précipité de nuit, lui qui avait déjà été évacué pour un incendie il y a deux ans à Frontignan. "J'ai vu les flammes de nuit, c'est très impressionnant, vraiment chaud", avoue-t-il.
Colère et inquiétude pour l'avenir
Christian, plombier à la retraite, a devancé de quelques heures l'appel à évacuer sa maison de Lège-Cap-Ferret pour sauver ses véhicules. Sa colère se tourne vers l'origine de l'incendie : "Comment un gars a-t-il pu se mettre en tête de débroussailler avec son engin avec ce risque et ce temps ! Il faut lui couper les deux bras ! C'est un choc pour tout le monde. Cette maison, on y vit depuis 24 ans. Aujourd'hui c'est vide, comme le couvre-feu. Peut-être le début de la fin du Cap Ferret…"
Selon les autorités, 12 500 hectares de forêt ont été détruits en Gironde, et 1 000 pompiers sont mobilisés. Deux pompiers sont morts en intervention.



