Une étude inédite, publiée le 1er juillet 2025 par le cabinet de conseil en risques climatiques Callendar, révèle que 27 % des communes françaises sont confrontées à une « double peine » : elles cumulent une forte vulnérabilité face aux effets du changement climatique et une dégradation significative de leurs conditions d’assurance. Cette situation, qualifiée de « préoccupante » par les auteurs, concerne près de 9 000 collectivités sur les 35 000 que compte le territoire métropolitain et ultramarin.
Un indicateur composite pour mesurer la double vulnérabilité
L’étude se base sur un indicateur composite, le « score de double peine », qui croise deux dimensions. La première est l’exposition aux aléas climatiques (sécheresses, inondations, submersions marines, feux de forêt, retrait-gonflement des argiles). La seconde est la capacité d’adaptation du marché de l’assurance, mesurée par l’évolution des primes, des franchises, des exclusions de garantie et du nombre d’offreurs. Selon Callendar, « les communes les plus touchées sont souvent rurales, littorales ou situées dans le Sud-Est, mais l’ensemble du territoire est concerné à des degrés divers ».
Parmi les régions les plus exposées, la Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Occitanie et la Corse arrivent en tête, avec respectivement 42 %, 38 % et 35 % de leurs communes en situation de double peine. Mais des territoires moins attendus, comme le Grand Est (21 %) ou la Normandie (19 %), sont également impactés, principalement en raison du risque de retrait-gonflement des argiles lié aux sécheresses répétées.
Des conséquences concrètes pour les collectivités et les habitants
Les conséquences de cette double peine sont multiples. Pour les communes, cela se traduit par une hausse des primes d’assurance des bâtiments publics (écoles, mairies, équipements sportifs), qui a augmenté en moyenne de 25 % sur les trois dernières années, selon les données de l’étude. « Dans certains cas, les assureurs refusent tout simplement de couvrir certains risques, laissant les collectivités sans protection », explique Élodie Martin, directrice de l’Observatoire des risques climatiques, citée dans le rapport.
Pour les habitants, la situation est tout aussi critique. Les propriétaires de maisons individuelles situées dans ces zones voient leurs primes d’assurance habitation bondir, quand ils ne se voient pas imposer des franchises exorbitantes – jusqu’à 10 000 euros en cas de sinistre lié à la sécheresse. « Nous assistons à une privatisation du risque climatique, qui se reporte sur les ménages les moins mobiles et les plus vulnérables », dénonce Martin.
Un appel à la réforme du système d’assurance
Face à ce constat, les auteurs de l’étude appellent à une refonte en profondeur du système d’assurance des risques climatiques en France. Le régime actuel, fondé sur le mécanisme de la « solidarité nationale » via la Caisse centrale de réassurance (CCR), montre ses limites. « Le nombre de sinistres climatiques a été multiplié par quatre en trente ans, et les coûts suivent la même tendance. Sans réforme, le système pourrait devenir insoutenable à horizon 2030 », prévient l’étude.
Plusieurs pistes sont avancées : l’instauration d’un bonus-malus climatique pour inciter à l’adaptation, le renforcement des obligations de diagnostic de vulnérabilité avant toute transaction immobilière, ou encore la création d’un fonds d’urgence dédié aux communes les plus exposées. Le rapport conclut que « sans action rapide, la double peine risque de se transformer en triple peine, avec un décrochage économique et social des territoires les plus vulnérables ».



