Une étude du JRC révèle le rôle prépondérant des températures élevées
Les vagues de chaleur qui frappent l'Europe ne se contentent pas de faire monter le mercure : elles sont devenues un facteur déterminant des épisodes de sécheresse sur le continent. C'est la conclusion d'une étude menée par le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne, publiée le 24 juillet 2024. Alors que le déficit de précipitations a longtemps été considéré comme la cause principale, les chercheurs montrent que l'augmentation des températures joue désormais un rôle aussi important, voire plus, dans l'assèchement des sols.
L'étude, qui a analysé les données climatiques de 1950 à 2023, établit une corrélation directe entre les températures estivales élevées et la sécheresse des sols. Selon les scientifiques, chaque degré supplémentaire de température moyenne estivale entraîne une baisse de l'humidité du sol de 5 à 10 % dans les régions les plus vulnérables.
Des chiffres qui parlent
Les résultats sont sans appel : depuis les années 2000, les sécheresses extrêmes en Europe sont deux fois plus fréquentes qu'au cours des décennies précédentes. En 2022, l'Europe a connu sa pire sécheresse depuis 500 ans, avec 63 % des terres en état d'alerte. « Les fortes chaleurs sont désormais un facteur déterminant de la sécheresse en Europe », a déclaré le Dr. Andrea Toreti, coordinateur de l'étude. « Nous constatons que le réchauffement climatique amplifie les sécheresses, même lorsque les précipitations sont normales. »
Un impact sur l'agriculture et les écosystèmes
Les conséquences de cette sécheresse liée à la chaleur sont multiples. L'agriculture est particulièrement touchée : les rendements des cultures diminuent, et certains secteurs, comme la production de maïs ou de tournesol, subissent des pertes allant jusqu'à 30 % dans les zones les plus arides. Les écosystèmes naturels ne sont pas épargnés : les forêts souffrent du stress hydrique, ce qui accroît les risques d'incendies. En 2022, près de 900 000 hectares de forêts ont brûlé en Europe, un record.
Des régions particulièrement vulnérables
L'étude identifie plusieurs régions européennes comme des points chauds de la sécheresse : le bassin méditerranéen, l'Europe centrale et les Balkans. En France, le sud-est et le sud-ouest sont les plus exposés. Selon le JRC, si les températures continuent d'augmenter, ces régions pourraient connaître des sécheresses persistantes d'ici 2050, avec des conséquences irréversibles pour l'agriculture et la biodiversité.
Une nécessité d'adaptation
Face à ce constat, les chercheurs appellent à une adaptation urgente des politiques de gestion de l'eau et de l'agriculture. « Il ne suffit plus de se concentrer sur les précipitations, il faut intégrer la température comme variable clé dans les modèles de prévision de la sécheresse », insiste le Dr. Toreti. Des solutions comme l'irrigation plus efficace, la sélection de cultures résistantes à la chaleur, ou la reforestation avec des espèces adaptées sont préconisées. L'étude souligne que sans réduction des émissions de gaz à effet de serre, les vagues de chaleur et les sécheresses deviendront la norme en Europe.



