Plus de 7 300 décès liés à la chaleur ont été enregistrés depuis le mois de juin, selon un bilan provisoire de Santé publique France. Alors que l'été 2026 s'achève avec cinq épisodes de canicule depuis mai et une première semaine de septembre anormalement chaude, le directeur de recherche à l'Inserm, Basile Chaix, rattaché à l'Université de la Sorbonne, détaille les mécanismes physiologiques qui fragilisent l'organisme et accélèrent son vieillissement.
Un été hors norme et ses conséquences physiologiques
Basile Chaix, coordonnateur d'un programme scientifique sur le changement climatique et la santé, explique que la succession des vagues de chaleur a provoqué une fatigue généralisée due à plusieurs mécanismes. Les nuits de sommeil insuffisantes, notamment les phases de sommeil profond essentielles à la régénération et à la mémoire, n'ont pas permis à l'organisme de récupérer correctement.
L'organisme a également dû rediriger le sang vers la périphérie pour réguler sa température, privant certains organes comme les reins et le foie d'un apport sanguin oxygéné suffisant. Le système cardiovasculaire a été fortement sollicité, avec une augmentation des battements cardiaques et des efforts supplémentaires pour le cœur. Ces phénomènes combinés créent un épuisement général et sont associés à un vieillissement accéléré.
Une acclimatation possible mais limitée
Interrogé sur une éventuelle adaptation des corps à la chaleur, Basile Chaix reconnaît que la question est réelle. Pour un niveau de température donné, la mortalité tend à diminuer au fil du temps, grâce à des processus d'adaptation à long terme. À court terme, des athlètes qui s'acclimatent avant une compétition dans la chaleur déclarent moins forfait, et des travailleurs exposés aux fortes températures s'adaptent également. Une période d'une à deux semaines suffit pour s'acclimater, mais cette adaptation se perd aussi rapidement, dans le même laps de temps.
Le scientifique prévient toutefois que cette adaptation aura des limites à mesure que les températures continueront d'augmenter. « Il ne faut pas se bercer de mots rassurants », avertit-il.
Santé mentale et seuils de température critique
La chaleur a également un impact sur la santé mentale. Des études menées dans de nombreux pays montrent que le taux de suicide tend à augmenter avec la température, tout comme les hospitalisations pour raisons de santé mentale. Les personnes souffrant de schizophrénie voient leurs symptômes exacerbés pendant les vagues de chaleur. Des recherches ont même observé une augmentation des contenus haineux sur les réseaux sociaux, ainsi que des phénomènes de violence, d'abus sur les enfants et de violences domestiques lors des fortes chaleurs.
Concernant les seuils de température, Basile Chaix indique qu'à partir de 28°C à 30°C à l'intérieur d'un logement, le niveau devient très élevé et exige une adaptation, car le logement emmagasine la chaleur et la restitue. À l'extérieur, le chiffre de 35°C avec une humidité importante limite la capacité de l'organisme à réguler sa température. Pour un sommeil réparateur, des experts au Royaume-Uni ont fixé le seuil à 26°C.
La climatisation, une nécessité pour les plus fragiles
Basile Chaix insiste sur la nécessité de limiter le réchauffement climatique en réduisant les émissions de dioxyde de carbone. Il estime que la climatisation, autrefois un « mal évitable », va devenir incontournable pour les plus fragiles afin de réduire la mortalité, vingt-trois ans après la canicule de 2003 et après deux décennies d'actions insuffisantes.
Le chercheur souligne enfin que la recherche doit continuer à explorer les mécanismes de vulnérabilité, notamment chez les consommateurs de drogue, d'alcool ou de certains médicaments, pour permettre une adaptation optimale face aux vagues de chaleur. Une seule certitude demeure : la fragilisation des organismes au sortir de la période estivale.



