On l'appelle la Vallée des merveilles. Cet itinéraire chaotique et aride niché dans le parc du Mercantour fait partie des randonnées incontournables du sud des Alpes. Un décor fait de pierres et de gravures rupestres, avec des sommets culminant à plus de 3 000 mètres et une vue imprenable sur l'Italie. C'est dans ce panorama spectaculaire que Claire et Stéphane ont vécu l'une des randonnées les plus marquantes de leur vie.
Une journée d'été 2015
C'était un jour de l'été 2015. Dans sa préparation, Stéphane avait décidé de « doubler une étape », c'est-à-dire d'enchaîner deux étapes de quatre heures de marche sur une seule journée. Pas insurmontable pour ce sportif habitué au dénivelé, mais bien plus compliqué pour sa femme, devenue maman quelques mois auparavant. « On devait avoir sept heures de marche. Ça ne nous faisait pas vraiment peur. Mais le gars du refuge a commencé à nous dire que ce serait compliqué, qu'il y avait beaucoup de dénivelé et que c'était rude », raconte Stéphane.
« C'était hyper dur »
L'environnement est très escarpé, rocailleux. Les pierres roulent sous les pieds. « C'était hyper dur pour moi. Physiquement, j'avais beaucoup de mal, j'avais l'impression de ne pas avancer », se remémore Claire. Alors que la fin de journée approche, Stéphane aborde en premier la dernière difficulté : le col de la Madone de Fenestre. À l'approche du col, des bruits puissants retentissent dans la montagne déserte. « Je venais d'entendre des gros aboiements. Je savais qu'il s'était passé quelque chose. », ajoute-t-il.
Rencontre avec un patou blessé
Quand il arrive en haut, Stéphane voit un gros patou – ces chiens qui protègent les troupeaux – en plein milieu du petit chemin. « Il n'avait pas trop l'air de vouloir me laisser passer. Il paraissait très agité, ça me faisait un peu flipper. J'ai vu un berger et de loin, je lui ai demandé de récupérer son chien pour qu'on puisse passer. Le mec n'avait pas l'air hyper sympa, il était tendu », raconte Stéphane.
Le randonneur finit par comprendre que le Bouvier des Pyrénées n'appartient pas à ce berger, qu'il protège un autre troupeau. « On voyait que le patou était blessé. Il lui manquait un morceau de viande. En fait, il avait été attaqué par des loups », explique Stéphane. Claire se souvient aussi de cette plaie béante. « On voyait ses côtes apparaître. C'était sérieux. » L'homme leur explique qu'il ne faut pas traîner, que la meute de loups n'est peut-être pas très loin.
La menace des loups
« On savait qu'il y en avait dans le parc du Mercantour. Quelques jours plus tôt, un gars nous avait parlé d'une meute de onze loups qui rôdait dans le coin. Mais avant que le berger nous dise que c'était chaud, on n'y pensait pas, on n'avait pas vraiment flippé. Là, il commençait à être tard et on se retrouvait tous seuls au milieu de la montagne », raconte Stéphane. « Moi, j'étais dans le dur. Et là, je me suis tapé un bon coup de flip », ajoute Claire.
Descente sous tension
Le couple doit alors amorcer la redescente vers son refuge. Sauf que le gros chien blanc avec sa plaie apparente ne semble pas décidé à les laisser passer. Il finit par s'écarter un peu, suffisamment pour que les randonneurs s'engouffrent sur le sentier caillouteux. « Mais le chien ne nous lâchait pas. Il restait juste derrière nous, il marchait, il courait », raconte Claire. Il reste au couple une bonne heure et demie de descente pour atteindre leur refuge. Entre ce chien sanguinolent, pas franchement rassurant, et le spectre des loups, la tension est à son comble. « On regardait partout. Et moi, j'ai vraiment accéléré », raconte celle qui était alors toute jeune maman.
Retour au refuge
Le couple finit par arriver au refuge juste avant que la nuit ne tombe. Les randonneurs voient le patou rentrer dans le bâtiment, avant de se faire chasser. « C'était le patou de la bergerie juste à côté. On les a prévenus qu'il était blessé, qu'il avait sans doute été attaqué par des loups. Eux, ça ne les a pas vraiment fait flipper. Mais nous, on était bien content d'arriver. »
Avec un peu de recul, Claire et Stéphane se sont demandé si ce chien blanc des Pyrénées ne les avait pas suivis pour les escorter en toute sécurité. « On en a fait beaucoup des randos. On s'est perdus, on a pris des orages… Mais ça reste notre souvenir le plus marquant », résume le couple. Cette rencontre inattendue avec un patou blessé et la menace des loups a transformé une randonnée ordinaire en une aventure inoubliable, témoignant de la vie sauvage qui règne dans le parc du Mercantour.



