Soixante-dix sapeurs-pompiers ukrainiens ont pris part lundi 3 août 2026 aux opérations de noyage du mégafeu qui dévaste la Gironde depuis le 22 juillet. Leur arrivée, après un périple de 52 heures et plus de 2 500 kilomètres, constitue une mobilisation inédite de l’Ukraine en France, ont constaté des journalistes de l’AFP. Le détachement a été intégré au dispositif de secours déployé à l’ouest de Bordeaux, où les autorités tentent de consolider les zones déjà touchées.
Un convoi de quinze véhicules
Le convoi ukrainien, composé de soixante-dix soldats du feu, a parcouru plus de 2 500 kilomètres en 52 heures, traversant successivement l’Ukraine, la Pologne, l’Allemagne et la France. Il est arrivé dimanche midi en Gironde avec quinze véhicules, dont dix camions spécialisés dans la lutte contre les incendies. Ces équipements ont été immédiatement intégrés au parc matériel du Service départemental d’incendie et de secours de la Gironde (Sdis 33).
Comme les autres détachements étrangers engagés contre ce gigantesque incendie, les pompiers ukrainiens reçoivent des instructions quotidiennes. Les briefings ont lieu chaque matin, en fonction de l’évolution du front et des priorités définies par le commandement. Cette coordination est essentielle pour répartir efficacement les moyens sur un sinistre d’une ampleur exceptionnelle.
Noyer les fumerolles pour éviter une reprise
Lundi, leur mission consistait à noyer d’eau les fumerolles et les points chauds sur la commune du Temple, à l’interface entre la forêt brûlée et la forêt non brûlée. L’objectif est simple : éviter qu’une braise encore active ne provoque une reprise du feu, quelques jours après que le front principal a été stoppé. Ce travail de surveillance et d’extinction des points chauds est l’une des phases cruciales de la lutte contre les incendies de grande ampleur.
Le secteur du Temple est particulièrement stratégique car il se situe sur la lisière du sinistre, là où les flammes pourraient repartir si le vent venait à se lever. Les équipes ukrainiennes, habituées aux conditions difficiles, se sont déployées en binôme avec les pompiers français pour arroser les zones encore fumantes.
Une assistance dans le cadre européen
Cette mobilisation s’inscrit dans le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, auquel participent dix États non membres : l’Islande, la Norvège, la Serbie, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Turquie, la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, la Moldavie et l’Ukraine. Ce dispositif permet une entraide rapide entre pays, en mutualisant les moyens humains et matériels lors de catastrophes majeures.
Thomas Mimiague, officier de communication du Sdis 33, a salué cet élan de solidarité : « Toute aide est utile et précieuse, donc l’Ukraine a proposé son assistance et nous l’avons bien évidemment acceptée. » Une déclaration qui montre l’importance de la coopération transfrontalière dans la gestion des mégafeux, devenus plus fréquents avec le changement climatique.
« Une grande famille qui ne connaît pas de frontière »
Pour Khrystyna Pertsovych, porte-parole des services d’urgence ukrainiens, ce détachement incarne la réciprocité de l’entraide internationale : « Notre objectif est d’être là où l’on a besoin de notre aide. Notre pays vit une période difficile, il y a des bombardements et des coupures de courant mais nous essayons toujours de trouver des ressources pour porter assistance à d’autres pays car ils font la même chose pour nous. »
Elle a également souligné le lien particulier unissant les soldats du feu de toutes nationalités : « Les pompiers sont une grande famille qui ne connaît pas de frontière. Quand l’Ukraine a besoin d’aide, la France nous l’apporte toujours. » Une référence aux nombreuses opérations de solidarité menées par les pays européens depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Avec un incendie qui a déjà ravagé 42 000 hectares depuis le 22 juillet, la Gironde vit l’un des étés les plus difficiles de son histoire. Les renforts venus de toute l’Europe, dont ceux de l’Ukraine, permettent de renforcer les équipes locales et de maintenir une pression constante sur les zones fragilisées.



