Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la Camargue dans la nuit de lundi à mardi ont provoqué des inondations massives, engloutissant les pâturages sous plusieurs mètres d'eau. En conséquence, et d'un commun accord entre la FFCC, la Fédération des manadiers et l'Association des raseteurs, les courses camarguaises prévues ce week-end n'auront pas lieu. Les troupeaux de taureaux et les chevaux ont trouvé refuge sur les levées et les points hauts, tandis que les manadiers, impuissants, attendent la décrue.
Des pluies record après une canicule de quatre mois
Alors que la Camargue sortait à peine d'une canicule de quatre mois, les services de Météo France avaient placé la zone en vigilance Orange. Selon les spécialistes, jusqu'à 200 millilitres d'eau sont tombés par endroits, transformant les pâturages en véritables lacs. « Il n'y avait pas de quoi s'inquiéter plus que ça, on en a vu d'autres », confiait un gardian au volant de son 4x4, contemplant le désastre dans les prés du Cailar, où les manades Agnel, Aubanel-Baroncelli, Guillierme, Lagarde, Saumade et Vinuesa étaient sous l'eau.
Dans ce secteur, les piquets de clôture étaient à peine visibles, quand ils n'étaient pas entièrement engloutis sous les flots capricieux du Rhôny et du Vistre. Au loin, sur les levées, les biou et les chevaux avaient trouvé refuge, certains couchés, d'autres faisant les cent pas dans un calme olympien. La moindre levée servait de point de regroupement pour les troupeaux.
Des manades sinistrées dans l'Hérault
Plus à l'Est, à quelques kilomètres de là, les manadiers de l'Hérault n'ont pas été épargnés. Sur la route reliant Lunel à La Grande-Motte, sur la commune de Marsillargues, le constat est identique. « Tout baigne », ironisait un « bagna » (surnom donné aux habitants d'Aigues-Vives) de passage. Les herbages et installations des manades Cyr, Occitane, Jullian, Nicollin et Chaballier sont recouvertes sous plus d'1m60 d'eau.
Claude Chaballier, la main pinçant son menton, regarde consterné l'eau qui ne cesse de monter. Sur le chemin agricole, en parallèle de la voie rapide, il essaie d'apercevoir au loin (environ 1 km) sa soixantaine de taureaux, que les pompiers, à l'aide de leur drone, viennent de repérer. « Il n'y avait pas d'autres solutions, on ne peut pas y aller à cheval, il y a trop d'eau et puis il y a les clôtures », explique-t-il.
Une attente risquée pour les troupeaux
Au loin, sur cette « immense lac », la famille, les gardians et amis venus prêter main forte à bord de leurs négachins (petites embarcations à fond plat) font un état des lieux. Ils distribuent, sur une île de 20 ares, les balles de foin qui ont pu être sauvées du hangar. Les gardians partent ensuite arriber les bêtes réfugiées sur un îlot de 2 ares.
« Là dans le secteur, aux côtés des miennes, il y a Jullian et l'Occitane qui doivent avoir une soixantaine de bêtes et Cyr une vingtaine… J'aimerais pouvoir récupérer les miennes mais pour l'instant, ce n'est pas possible. On n'a pas accès à l'embarcadère, ni en tracteur et encore moins en camion. On pourrait tenter de les faire traverser en les guidant avec les bateaux, mais cela serait trop risqué pour elles. Non je préfère attendre. On verra demain matin ! », confie Claude Chaballier.
Impossible de venir récupérer ces bêtes tant que la décrue ne débute pas. Bien trop tôt pour dire quel sera le bilan de ces inondations. « Là sur ces terres, elles avaient encore un bon mois à manger, ce qui était pour moi, tout comme mes confrères sinistrés, autant de foin économisé, un foin précieux après la période de sécheresse que nous venons de passer et qui a mis à mal la récolte. Mais bon, dans notre métier, il faut garder espoir, espoir que le vent se lève et fasse évacuer cette flotte. Mais bon sans pluie, cela va durer une quinzaine de jours. On l'a vu lors des inondations quasi identiques de 2002 », ajoute-t-il. En ces moments difficiles, le Midi Libre, son équipe Bouvine assurent de leur soutien l'ensemble des éleveurs sinistrés.