Incendies géants en Gironde et Landes : l'extinction prendra des mois
Incendies géants en Gironde et Landes : des mois pour éteindre

Sur le front des incendies géants qui ravagent la Gironde et les Landes, le bilan humain relève du tour de force : plus de 220 000 personnes ont été évacuées sans qu'aucun blessé ne soit à déplorer parmi les citoyens. « Le boulot a été fait », souligne auprès de 20 Minutes le colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), qui appelle à soutenir ses collègues.

Un feu qui couve sous terre

Car si le plus dur a pour l'heure été évité pour les populations, la bataille contre les flammes est très loin d'être terminée. Même si les colonnes de fumée finiront par s'atténuer dans le ciel, le feu ne sera pas déclaré éteint avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. La raison ? La présence de tourbe et de lignite dans le sous-sol des Landes de Gascogne. « Il faut se rappeler que les arbres ont été plantés sur d'anciennes friches marécageuses, explique Éric Brocardi. C'est comme l'incendie de Landiras en 2022, il a fallu plusieurs mois pour l'éteindre. » Le massif des Landes de Gascogne repose en effet sur des sols particulièrement riches en matière organique et en tourbe.

S'ajoute la présence de filons de lignite dans le sous-sol. « C'est un sous-sol charbonneux présent dans certaines régions, notamment les Landes de Gascogne. Ce combustible fossile peut entrer en combustion lente et créer des points chauds qui durent parfois quelques mois », détaille à 20 Minutes Éric Rigolot, ingénieur de recherche à l'Inrae d'Avignon au sein de l'unité écologie des forêts méditerranéennes. En surface comme en profondeur, le bois mort et les racines maintiennent un feu couvant indépendant des conditions extérieures, prêt à refaire surface au moindre coup de vent.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La traque des points chauds

Avant de parler d'extinction, les secours doivent d'abord atteindre le stade du « feu fixé », c'est-à-dire s'assurer que l'incendie n'avance plus et que les reprises sont maîtrisées. Une tâche pas encore accomplie sur les 42 000 hectares parcourus par les flammes. Une fois le périmètre stabilisé commence la phase la plus éprouvante : le repérage et le « noyage » des lisières. « On dispose de caméras thermiques infrarouges qui permettent de repérer ces points chauds, précise Éric Rigolot. Après, il s'agit de creuser des tranchées pour les atteindre et les noyer. C'est un travail assez arasant et très long. » Un traitement chirurgical qui ne sera pas appliqué sur l'ensemble de la surface brûlée, mais ciblé sur les zones les plus vulnérables.

Sur le terrain, la stratégie exige d'ailleurs une grande modestie face à la puissance des éléments. « C'est comme vouloir arrêter la pluie pour empêcher une inondation, résume le colonel Éric Brocardi. À un moment donné, il y a un impossible opérationnel et il faut accepter que la nature soit plus forte que nous. C'est un combat entre David et Goliath. »

Une saison des feux rallongée par la sécheresse

Sans être résignés, les pompiers savent qu'ils dépendent aussi des conditions météo et des éventuelles précipitations à venir. « On est condamnés à lutter encore et à prendre tout ce qui peut arriver du ciel avec aubaine », ajoute le porte-parole de la FNSPF. Si ce feu s'avère incontrôlable, c'est aussi parce que les sécheresses à répétition et les canicules successives ont préparé le terrain. « Si une forêt est sèche, il y aura plus de combustible disponible, pointe Éric Rigolot. La puissance de l'incendie dépend directement de la biomasse qu'il brûle immédiatement au passage des flammes. »

Dans un rapport publié en 2023, l'Inrae mettait déjà en garde contre l'extension du risque vers de nouveaux départements autrefois épargnés, mais aussi contre l'allongement de la période critique, qui commence désormais dès le printemps pour s'étirer jusqu'à l'automne. « On est à peine à la moitié de la saison des feux alors qu'on a déjà battu des records historiques, alerte le chercheur. Tout ça s'est amplifié avec le dérèglement climatique. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Zones tampons et prévention

Pour éviter que ces méga-feux ne deviennent la norme chaque été, la réponse ne pourra pas reposer uniquement sur les moyens de secours. Elle devra passer par une refonte de l'aménagement du territoire. « Un territoire ne sera pas résilient au feu s'il n'a pas été préparé », prévient Éric Rigolot. Le scientifique insiste sur l'importance cruciale du débroussaillement réalisé en hiver et du compartimentage des forêts. L'objectif est d'intégrer des « ruptures de combustible » entre le massif et les habitations.

« Si la forêt vient toucher la zone urbanisée, les habitations seront plus menacées que s'il y a un tampon non combustible, comme un parc de sport ou des plaines agricoles étanches au feu », détaille le chercheur de l'Inrae. Face à l'intensité croissante des incendies, l'anticipation hivernale et la planification urbaine restent les meilleures armes pour couper la route aux flammes de demain.