Ce vendredi 31 juillet 2026, la préfecture de Gironde a annoncé que la situation était « stable » sur le front de l'incendie qui a ravagé 42 000 hectares. Le brasier reste « contenu dans son périmètre malgré des secteurs actifs persistants », précise-t-elle. Derrière le soulagement amer des habitants et le travail épuisant des bénévoles, l'angoisse d'une crise durable s'installe sur ce territoire meurtri, très dépendant du tourisme.
« Le début de la fin du feu, mais aussi le début de la crise »
« C'est le début de la fin du feu, mais aussi le début de la crise », résume Nina Rosazza. Avec son mari, cette patronne d'une métallerie à Andernos vient, comme chaque jour depuis presque une semaine, mettre une citerne à disposition des pompiers affairés sur les dernières fumerolles d'un secteur ravagé de Lanton. L'artisane redoute des lendemains difficiles pour une région où la saison touristique est cruciale. « Pour les hébergements, les commerçants, les restaurateurs, la saison est cramée », souffle-t-elle, consternée. Elle ajoute : « La forêt finira par repousser quand les arbres morts se coucheront. Mais touristiquement, écologiquement et visuellement, c'est une catastrophe à long terme. »
La reconstruction commence, « on ne peut pas souffler »
Alors que les flammes reculent, d'autres acteurs entrent en scène. Dans les sous-bois noircis de Marcheprime, les pompiers tentent d'empêcher des foyers résiduels de se raviver. Clément Laveaud, technicien d'intervention chez Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution d'électricité, arpente le terrain calciné pour vérifier l'état des postes électriques. Malgré la relative trêve accordée par les flammes, pas question de souffler : « Pour nous, ça ne fait que commencer, c'est l'étape de la reconstruction qui démarre », prévient-il.
Des bénévoles épuisés au camp de base logistique
Sur une aire de covoiturage transformée en camp de base logistique, Florian Gazeau, 32 ans, a monté une cantine improvisée avec d'autres bénévoles du coin pour ravitailler les secours en eau fraîche et en crêpes préparées par sa mère et sa sœur. Gérant d'une agence de communication, le jeune homme a mis sa propre vie professionnelle sur pause. Les entreprises locales sont à l'arrêt. « On vit tellement au jour le jour qu'on ne pense pas encore à l'après », confie-t-il. « On pleurera plus tard. »
Derrière lui, Souad Dubos, assistante maternelle dans le civil, distribue des plats de pâtes et de la ratatouille. L'épuisement s'accumule pour ces locaux volontaires. « Les bénévoles sont crevés, j'ai hâte que ça se termine, d'autant que ma famille a été éparpillée dans toute la région après les évacuations. Je ne les ai pas vus depuis une semaine », ajoute la mère de famille. L'entreprise de son fils, qu'elle aide à gérer, est actuellement à l'arrêt. La quinquagénaire refuse toutefois de paniquer : « L'argent, ça finira par revenir. Pour l'instant, c'est la vie des gens et celle des pompiers qui compte. » Son autre fils est justement sapeur-pompier, déployé sur les incendies.
« L'effort de toute une vie »
Pour ceux qui risquaient de tout perdre, l'accalmie permet de relâcher la pression. Jean-Pierre Glenadel, 82 ans, a refusé de déserter sa maison de Lanton malgré les consignes des autorités. Cet ancien militaire et pompier à la retraite avait préparé papiers et valises avec son épouse et son fils lorsque l'ordre d'évacuation est tombé. Mais sur le bord de la route, voyant le trafic complètement bloqué, la famille a finalement fait demi-tour. Confiné chez lui, l'octogénaire a tenu bon aux côtés de son fils. « J'ai mis trop de temps pour avoir ce que j'ai eu », avance-t-il en arrosant son jardin, autant par précaution face aux feux que pour passer le temps. Le huis clos imposé par la fumée et les cendres « pèse », avoue-t-il. Alors que l'horizon s'éclaircit lentement, Jean-Pierre nourrit l'espoir que Lanton, comme les autres villages au cœur des incendies, puisse rouvrir ses accès ce week-end, avant d'entamer une longue convalescence.
Des points chauds encore persistants
La préfecture précise que les points chauds du brasier concernent encore l'entrée de la presqu'île du Cap Ferret à Claouey, la commune de Lanton sur le bassin d'Arcachon, ainsi que celles du Porge et de Lacanau plus au nord. Cette stabilisation marque une étape décisive, mais la reconstruction ne fait que commencer. Les habitants, eux, retiennent leur souffle, conscients que les stigmates paysagers, écologiques et économiques mettront des années à s'effacer. Derrière les dernières fumerolles, c'est tout un territoire qui doit désormais panser ses plaies et réinventer son avenir.



