En Gironde, une méthode controversée mais efficace gagne du terrain pour lutter contre les incendies : le sacrifice volontaire d'arbres. En abattant ou en dévitalisant certains spécimens, les pompiers créent des coupe-feu qui ralentissent la progression des flammes. Cette technique, utilisée lors des grands incendies de 2022 et 2023, a permis de protéger des milliers d'hectares de forêt.
Une technique ancestrale remise au goût du jour
Le principe est simple : en supprimant la végétation sur une bande de terrain, on prive le feu de combustible. Mais au lieu de simples tranchées, les forestiers optent désormais pour un éclaircissement ciblé. En Gironde, où le pin maritime domine, l'Office national des forêts (ONF) a intensifié ces opérations. Selon un rapport de 2025, 120 km de pare-feu ont été créés en trois ans, soit une augmentation de 40 % par rapport à la décennie précédente.
« C'est un choix douloureux, mais nécessaire. On sacrifie quelques arbres pour en sauver des centaines », explique Marie Dupont, ingénieure forestière à l'ONF. « Ces coupes stratégiques permettent aussi de réduire l'intensité du feu, rendant l'intervention des pompiers plus sûre. »
Des résultats probants mais des critiques écologistes
L'efficacité de cette méthode a été démontrée lors de l'incendie de Landiras en juillet 2023. Sur le secteur de Saint-Magne, un pare-feu de 50 mètres de large a stoppé net l'avancée du front de flammes. Selon les pompiers, cela a évité la destruction de 800 hectares de forêt.
Mais tous ne sont pas convaincus. Des associations environnementales dénoncent une atteinte à la biodiversité. « On coupe des arbres qui abritent des espèces protégées, comme le faucon crécerelle ou le lucane cerf-volant », critique Julien Lefèvre, de France Nature Environnement. « Il existe des alternatives moins radicales, comme le pâturage ou le débroussaillement sélectif. »
Un équilibre entre prévention et préservation
Face à l'urgence climatique, les autorités doivent composer. Le préfet de la Gironde, Jean-Luc Gleyze, défend cette politique : « Nous avons perdu 30 000 hectares en 2022. Il faut des mesures fortes. Les pare-feu font partie de la boîte à outils, au même titre que la régulation de l'accès aux massifs. »
L'ONF prévoit d'étendre ces coupes à 200 km d'ici 2027, en concertation avec les écologistes. Des zones de compensation sont prévues pour recréer des habitats. « On ne veut pas transformer la forêt en désert, mais on doit la protéger du feu », conclut Marie Dupont.



