Incendie du Gros-Bessillon : un mois après, les sinistrés s'organisent
Gros-Bessillon : un mois après, les sinistrés s'organisent

Près d'un mois après la fin de l'incendie du Gros-Bessillon, qui a détruit 6 300 hectares et menacé sept villages de l'arrière-pays varois, les habitants de Cotignac, la commune la plus touchée avec 28 maisons détruites selon la préfecture, commencent à regarder différemment la forêt et les arbres qui les entourent. Le feu, le plus long de l'histoire du Var, a mobilisé les pompiers pendant 18 jours.

Un bilan lourd et des questions persistantes

Marie-Pierre Truc, propriétaire d'une villa à Cotignac, témoigne de la peur et de la colère qui persistent : « On était tout le temps sous la menace des reprises, ça n'en finissait jamais », se remémore-t-elle. Elle éprouve toujours « la peur que [sa] maison brûle », mais aussi une sourde « colère » contre « les tordus qui mettent le feu ». Le maire de Cotignac, Jean-Pierre Véran, insiste sur le fait que le cœur du village est resté « parfaitement indemne et n'a pas perdu son attractivité », mais la pinède sur le flanc ouest est rousse et noire.

Dans les quartiers touchés, les travaux d'urgence ont commencé. Loïc, venu élaguer des troncs calcinés chez une connaissance, constate : « D'une maison à l'autre, on voit que la part de chance est énorme. Pourquoi ça brûle ici et pas là, franchement, on ne sait pas toujours. » Il souligne la dangerosité des résineux brûlés : « Il faut enlever les résineux brûlés, avant qu'ils pourrissent et tombent ». Pour les chênes, il préconise une « taille sanitaire » pour préserver l'arbre et attendre de voir ce qui repartira.

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Un nouvel regard sur la forêt et le débroussaillage

Rita et Chris Laurence, depuis leur jardin, observent avec espoir les signes de repousse : « Ça, c'est un signe d'espoir », s'écrient-ils, les yeux rivés aux feuilles renaissantes d'un olivier brûlé. Ils montrent aussi, admiratifs, « ce palmier incroyable », dont l'écorce est calcinée, espérant qu'il survivra grâce à la sève à l'intérieur du tronc.

Mireille Carter, dont la villa est intacte, exprime son exaspération face à la loi sur le débroussaillage. « On est tellement environnés d'arbres brûlés, que c'est difficile de penser à autre chose. On est en plein dedans », confie-t-elle. Le couple est confronté à une barrière végétale sur un terrain qui ne leur appartient pas, jamais entretenu. « C'est à nous d'abattre les arbres, parce que le voisin s'en fout totalement ! », s'agace-t-elle. L'obligation de débroussaillage à 50 mètres autour de la maison s'applique pourtant, même si le terrain n'est pas à soi. « La loi est mal faite, proteste-t-elle. Tout le monde le dit ! »

Des solutions concrètes émergent

Le maire de Cotignac, Jean-Pierre Véran, souhaite construire une politique exemplaire face à ce risque. « Certaines maisons construites il y a plus de 40 ans sont en pleine forêt, analyse-t-il. C'est très beau, mais très dangereux. » Il réfléchit à passer d'un périmètre obligatoire de débroussaillement de 50 mètres à 100 mètres dans certains secteurs, et évoque « une délibération dans ce sens ».

José Valabregue, résident permanent, décrit avec amertume la forêt comme « un lieu complètement abandonné depuis 30 ans. Tout le monde disait : “Le jour où ça brûle, il y a tout qui brûle.” Eh bien voilà, c'est fait. » Malgré ses efforts annuels de coupe et de débroussaillement, le passage du feu a été « horrible, complètement foudroyant ».

Dans un autre quartier, Monique et Peter Holdway et leurs voisins ont enclenché une dynamique de groupe. Face à une voirie trop étroite pour les fourgons des pompiers, ils vont demander à la mairie l'ouverture d'un chemin de secours. Ils ont aussi passé une commande groupée de dix motopompes, capables de puiser l'eau de la piscine pour alimenter 50 mètres de tuyaux de gros calibre, même si le courant est coupé. « Elles seront livrées plus tard que prévu, car il y a beaucoup de demandes. Mais l'important, c'est d'être prêt avant l'été prochain », explique le couple, qui acquiesce à l'idée que « la pompe coûte 600 euros et protège un bien immobilier d'un million d'euros ». Peter insiste : « Tous les voisins auront le même modèle, donc, entre nous, on saura comment les utiliser. » L'été 2026 a été un révélateur, cruel : « Ça nous a ouvert les yeux. »

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