Dans un entretien accordé à nos confrères de Midi Libre, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA et coprésidente du groupe n°1 du Giec, dresse un tableau alarmant de l’évolution du climat. Selon elle, 2023 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée, et 2024 s’annonce également très chaude. Les événements extrêmes s’intensifient, notamment les vagues de chaleur, les pluies diluviennes et les sécheresses, tandis que le rythme de montée du niveau de la mer s’accélère.
Les promesses de la COP28 insuffisantes pour limiter le réchauffement à 1,5°C
Interrogée sur l’accord de la COP28, la climatologue estime que le plan d’actions présenté ne permet pas de rester sur une trajectoire proche de 1,5°C. « Ce qui a été mis sur la table laisse ouverte la possibilité de limiter le réchauffement climatique vers 1,7°C, sous 2°C, mais à condition vraiment que les promesses soient tenues », explique-t-elle. Tout dépendra des financements, des politiques publiques et du déploiement technologique, notamment des énergies renouvelables.
Des impacts déjà visibles et qui vont s’aggraver
Valérie Masson-Delmotte insiste : « On n’est qu’au début des effets visibles du changement climatique. Cela ne va faire que s’aggraver. » Elle énumère les conséquences : dégradation des écosystèmes, perte de services écosystémiques (pêche, agriculture, forêts), manque d’eau (Mayotte, Pyrénées-Orientales, Catalogne), enjeux de sécurité alimentaire et de santé (vagues de chaleur, stress post-traumatique lié aux incendies et inondations).
Montée du niveau de la mer : des risques croissants pour les littoraux
La montée de la mer, déjà de 20 cm depuis 1900, atteindra 20 cm supplémentaires d’ici 2050, et pourrait être de 50 cm à 1 mètre à horizon 2100. « On ne peut pas exclure des processus très incertains liés à des écoulements très rapides dans l’Antarctique, cela double quasiment le risque », prévient la chercheuse. Les conséquences incluent des inondations chroniques à marée haute, des inondations composites, l’érosion des côtes sableuses et l’intrusion d’eau salée dans les estuaires, menaçant l’approvisionnement en eau potable.
Biodiversité : un risque de perte d’espèces multiplié par dix
Les pressions sur la biodiversité s’ajoutent au changement climatique. « Le risque de perte d’espèce est à peu près multiplié par dix entre un monde +1,5°C et à +3°C », indique Valérie Masson-Delmotte. En France, la mortalité des arbres a fortement augmenté, et la capacité de captation de CO2 des forêts est passée de 7 % à 4 % des émissions en dix ans.
Des points chauds identifiés, dont la région méditerranéenne
La climatologue identifie des points chauds : la région méditerranéenne (biodiversité, sécheresse, extrêmes chauds), les régions semi-arides, les petites îles, les zones de basse-terre, de montagne et arctiques. En France, deux tiers de la population vivent dans des zones exposées aux aléas climatiques, et dix millions de maisons sont fragilisées sur des sols argileux.
Le coût de l’adaptation : un décalage entre besoins et financements
Dans les pays les plus vulnérables, le coût des dommages pour reconstruire est estimé à au moins 100 milliards par an d’ici 2030, mais pourrait être quatre fois plus élevé. Or, le fonds pertes et dommages mis en place ne dispose que de moins de 700 millions d’euros. « On voit le décalage », constate-t-elle.
Occitanie particulièrement exposée
La région Occitanie subit une intensification des extrêmes chauds, une sévérité accrue des sécheresses et une augmentation de 20 % des records de pluie à l’automne pour les épisodes cévenols. Le recul de l’enneigement et des glaciers affecte les activités de montagne et la capacité de stockage d’eau pour l’irrigation.
Nouvelles formes de climatoscepticisme et écoanxiété
Le climatoscepticisme régresse mais prend d’autres formes, visant à saper les transformations nécessaires. « On voit monter de nouvelles formes de désinformation sur les réseaux sociaux qui cherchent à polariser sur chaque levier d’action et à dédouaner les individus de leurs responsabilités », alerte-t-elle. Face à l’écoanxiété, elle juge important d’expliquer la gravité de la situation aux enfants, mais aussi leur capacité à agir.



