Dans le Var, les travailleurs du BTP, de la logistique et de l'industrie ont vécu un été 2026 particulièrement éprouvant, marqué par 21 jours consécutifs de canicule entre fin juillet et mi-août, avec des températures dépassant les 40 degrés. Sur le chantier de construction d'un lotissement de 30 logements au Cannet-des-Maures, les ouvriers témoignent de conditions de travail extrêmes, entre malaises, épuisement et production au ralenti.
Un été record dans le Var
La station de Météo-France du Luc-en-Provence a relevé des maximales à plus de 40 degrés, plaçant la région sur le podium national derrière Carpentras. Alex, ouvrier sur le chantier du Cannet-des-Maures, se souvient : « Ici, on a eu jusqu'à 40 degrés à l'ombre ». Il décrit des après-midis où « tout le chantier est au ralenti », particulièrement pour les maçons, plaquistes et plombiers qui travaillent dans des bâtiments non isolés, sans air.
Christophe, charpentier-couvreur employé par une entreprise de Berre-l'Étang (13), confie : « On a eu jusqu'à 47 degrés dans le camion ! ». En 25 ans de métier, il affirme avoir « l'impression d'avoir plus souffert cette année » que lors de la canicule de 2003. « Physiquement, on n'y arrivait plus, ajoute-t-il. La seule solution était de s'arroser, mais cinq minutes après, on était complètement sec. On avait l'impression d'être passé dans un sèche-linge. »
Des malaises et des témoignages poignants
Santos, couvreur portugais de 50 ans, a fait deux malaises en août. « Je me sentais très fatigué à cause de la chaleur et d'un coup, j'ai perdu connaissance. Heureusement que je n'étais pas sur le toit », raconte-t-il. Maxime, chauffagiste à Toulon, a vu les pompiers intervenir « plusieurs fois pour des malaises » sur un gros chantier. Anthony, responsable plomberie du lotissement, décrit « les deux premières semaines d'août » comme « horribles ».
Chloé, 18 ans, a travaillé comme préparatrice de commandes dans un entrepôt au Luc. « Il faisait 38, 39 degrés dans l'entrepôt », dit-elle. « On a eu des brumisateurs une seule fois dans l'été mais pas les gros ventilateurs que l'on demandait. Il y a eu beaucoup de malaises, au moins un par semaine. Certains ont démissionné car ça devenait trop dur. » Elle conclut : « Je n'y retournerai jamais... C'était traumatisant… »
Un impact économique et social
La chaleur a également eu des conséquences économiques. Sébastien, chargé d'affaires pour les Clôtures Saniez au Cannet-des-Maures, explique : « Chez nous, la production a tourné au ralenti. Cela a été très éprouvant pour nos poseurs et on a dû interrompre plusieurs chantiers en raison du risque incendie. Une débroussailleuse ou une meuleuse aurait pu provoquer une étincelle. La chaleur a eu un vrai impact économique. »
À l'inverse, la blanchisserie industrielle Dauphiblanc au Luc a mis en place un « plan canicule » avec des pauses toutes les deux heures dans un espace climatisé, des brumisateurs individuels et des serviettes humides. Selon Christopher Perez, le directeur de site, « on n'a eu aucun malaise ». L'entreprise emploie jusqu'à 160 personnes lors du pic d'activité estival.
Pour les ouvriers, la vie personnelle a été mise entre parenthèses. Joris, conducteur d'engin de 26 ans, résume : « Si je sors un soir, le lendemain, je suis fracassé ». Anthony, levé à 5 h 30, se couche à 21 heures. Nicolas, agent d'entretien des espaces verts, parle d'épuisement et d'un « mental mis à rude épreuve ».
Alors que les climatologues prévoient que ces épisodes intenses deviendront la norme, cet été 2026 oblige les acteurs économiques locaux à revoir leurs pratiques pour ne pas banaliser la souffrance au travail.



