Dans le Nord de la France, le projet de canal Seine-Nord Europe, long de 107 kilomètres, est au cœur d'une vive controverse. Les opposants dénoncent un « méga-scandale » écologique et social, et se mobilisent tout le week-end pour faire entendre leur voix. Ce chantier pharaonique, estimé à 5,1 milliards d'euros, vise à relier le bassin parisien au réseau fluvial européen, mais ses détracteurs pointent du doigt ses conséquences désastreuses sur l'environnement et les terres agricoles.
Un projet contesté dès l'origine
Le canal Seine-Nord Europe, dont les travaux ont débuté en 2024, doit permettre de transporter des marchandises par voie fluviale entre Compiègne et Aubencheul-au-Bac, à la frontière belge. Pour ses promoteurs, il s'agit d'une alternative écologique au transport routier, réduisant les émissions de CO2. Cependant, les associations environnementales, comme Extinction Rebellion et Les Amis de la Terre, estiment que le projet est une aberration écologique. Selon elles, la construction du canal détruirait des centaines d'hectares de terres agricoles fertiles, des zones humides et des habitats naturels.
Une mobilisation massive ce week-end
Ce samedi et dimanche, plusieurs milliers de manifestants sont attendus à travers le Nord pour protester contre le chantier. Des rassemblements sont prévus à Cambrai, Douai et Lille, avec des actions de désobéissance civile, des conférences et des concerts. « Ce canal est un non-sens écologique et économique. Il va coûter des milliards tout en détruisant notre patrimoine naturel », déclare Marie Durand, porte-parole du collectif Stop-Canal. Les opposants réclament l'arrêt immédiat des travaux et un débat public sur les alternatives.
Des impacts environnementaux graves
Le projet menace directement la biodiversité locale. Selon une étude de l'Office français de la biodiversité, le canal traverserait des zones protégées pour les oiseaux migrateurs et les espèces aquatiques. De plus, il nécessiterait le pompage de millions de mètres cubes d'eau par an, aggravant les sécheresses récurrentes dans la région. « Nous ne pouvons pas sacrifier nos ressources en eau pour un projet du passé », s'indigne Julien Lefèvre, agriculteur bio dans l'Aisne, dont les terres seraient expropriées.
Un coût faramineux pour les contribuables
Le financement du canal Seine-Nord Europe repose en grande partie sur des fonds publics : l'État français, l'Union européenne et les collectivités locales. Le budget initial de 5,1 milliards d'euros a déjà été revu à la hausse, et les opposants craignent des dépassements supplémentaires. « Cet argent serait bien mieux investi dans le ferroviaire et le transport fluvial existant », estime un rapport de la Cour des comptes. Le mouvement citoyen dénonce un projet « verrouillé » par les lobbies du BTP et du transport fluvial.
Une mobilisation qui s'étend
La contestation ne se limite pas au Nord. Des collectifs se forment dans toute la France, et une pétition en ligne a recueilli plus de 150 000 signatures. Les opposants appellent à une journée d'action nationale le 15 juillet prochain. « Nous ne lâcherons rien jusqu'à l'arrêt de ce méga-canal », promet un manifestant. Le gouvernement, de son côté, défend le projet comme un « levier de développement économique » pour la région et un « maillon essentiel » du réseau de transport européen.
Un avenir incertain
Alors que les travaux se poursuivent, la mobilisation de ce week-end pourrait marquer un tournant. Les opposants espèrent faire plier les autorités, à l'image de ce qui s'est passé pour le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Le canal Seine-Nord Europe est un symbole de l'écologie de façade. Nous exigeons une véritable transition écologique », conclut Marie Durand. Le week-end s'annonce décisif pour l'avenir de ce chantier controversé.



