Algues vertes : la Cour des comptes critique encore les demi-mesures de l'État
Algues vertes : la Cour des comptes fustige l'État

Dans un rapport publié ce mardi, la Cour des comptes a de nouveau critiqué l'action de l'État face à la prolifération des algues vertes en Bretagne. Les magistrats financiers estiment que les mesures prises restent insuffisantes et trop lentes pour enrayer le phénomène, qui provoque des nuisances environnementales et sanitaires récurrentes.

Des objectifs non atteints depuis 2010

La Cour rappelle que dès 2010, un plan de lutte avait été fixé, avec pour objectif de réduire de 30 % les flux de nitrates à l'origine des marées vertes. Or, en 2022, cette baisse n'était que de 13 %, selon les données du rapport. Les progrès sont jugés "trop lents" et "insuffisants" face à l'ampleur du problème.

Les algues vertes, qui s'accumulent sur les plages bretonnes, sont alimentées par les nitrates issus de l'agriculture intensive, notamment de l'élevage porcin et avicole. Leur décomposition dégage du sulfure d'hydrogène, un gaz toxique responsable de plusieurs décès d'animaux et de malaises chez des promeneurs et des travailleurs.

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Des mesures jugées trop timides

La Cour des comptes pointe particulièrement le manque de volontarisme de l'État dans la mise en œuvre des mesures. Elle déplore que les dispositifs d'aide aux agriculteurs pour réduire les excédents d'azote soient sous-utilisés et que les contrôles soient insuffisants. "Les moyens consacrés à la lutte contre les algues vertes sont en décalage avec l'urgence de la situation", souligne le rapport.

Selon le document, seuls 40 % des agriculteurs situés dans les zones les plus touchées ont souscrit à des mesures agroenvironnementales visant à réduire les fuites de nitrates. Par ailleurs, les sanctions en cas de non-respect des réglementations sont rares et peu dissuasives.

Des conséquences sanitaires et économiques

Le rapport rappelle que les algues vertes ont des impacts directs sur la santé publique. En 2021, un homme est décédé sur une plage du Finistère après avoir inhalé des gaz toxiques émanant d'un amas d'algues. Plusieurs cas de malaises ont également été recensés chez des ramasseurs d'algues et des promeneurs.

Sur le plan économique, le tourisme est affecté, certaines plages devant être fermées régulièrement. Les collectivités locales dépensent chaque année plusieurs millions d'euros pour le ramassage des algues, une solution temporaire qui ne règle pas le problème à la source.

L'État appelé à agir plus fermement

La Cour des comptes recommande à l'État de renforcer les contrôles des exploitations agricoles, d'augmenter les surfaces en herbe et les zones tampons pour limiter le ruissellement des nitrates, et de conditionner les aides de la politique agricole commune (PAC) à des pratiques vertueuses. "Il est impératif de sortir de la logique des demi-mesures", insistent les magistrats.

Interrogé par Libération, le ministère de l'Agriculture a indiqué prendre acte du rapport et a promis de nouvelles mesures dans les prochains mois. Cependant, les associations environnementales dénoncent un énième rapport sans effets concrets. "La Cour des comptes dit la même chose depuis dix ans, et rien ne change", regrette Yves-Marie Le Lay, porte-parole de l'association Eau et Rivières de Bretagne.

Un enjeu de justice environnementale

Le rapport soulève également la question des inégalités face à la pollution. Les habitants des zones rurales bretonnes sont les premiers exposés aux nuisances des algues vertes, tandis que les bénéfices de l'agriculture intensive profitent à des acteurs économiques souvent extérieurs à la région. "Les coûts de la dépollution sont supportés par la collectivité, tandis que les profits restent privés", dénonce le rapport.

La Cour des comptes appelle à une mobilisation générale des acteurs publics et privés pour inverser la tendance. Sans une action résolue, les marées vertes continueront de s'étendre sur le littoral breton, avec des conséquences de plus en plus graves pour l'environnement et la santé.

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