En 1869, dans le petit village de Durfort (Gard), des cantonniers ont mis au jour, par hasard, une défense de mammouth. Cette découverte a conduit à l'exhumation du squelette le plus complet de mammouth méridional jamais trouvé en France. Aujourd'hui, ce géant préhistorique, vieux de 680 000 ans, est exposé au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, où il attire des millions de visiteurs. Mais son histoire, semée d'embûches et de convoitises, mérite d'être racontée.
Une découverte fortuite sur un chantier de voirie
En 1868, Durfort comptait 900 habitants, soit plus qu'aujourd'hui (756 en 2023). La ville était alors un centre minier important, notamment pour le zinc. Au début de l'année 1869, des cantonniers entreprennent de banals travaux de voirie. Pendant plusieurs mois, ils déblayent la route et laissent de côté ce qu'ils trouvent. En novembre, Jules Ollier de Marichard et Paul Cazalis de Fondouce, deux archéologues mandatés par la société scientifique et littéraire d'Alès, se rendent à Durfort pour fouiller la grotte des Morts. Sur le chemin, ils remarquent un objet cylindrique abandonné : une défense de mammouth. Intrigués, ils lancent des recherches approfondies.
Des fouilles semées d'embûches et de convoitises
Les fouilles, menées avec pelles et pioches, prennent rapidement de l'ampleur. Mais les chercheurs doivent faire face à la nappe phréatique : la boue rend le travail difficile. Des os sont découverts, permettant de reconstituer la tête de l'animal, envoyée à la faculté des sciences de Montpellier. Les fouilles s'arrêtent temporairement, puis sont interrompues par la guerre de 1870 contre la Prusse. Le terrain appartient à un propriétaire privé qui, voyant l'intérêt suscité, cherche à en tirer profit. Un acheteur suisse, intéressé par le squelette entier, meurt subitement, laissant le mammouth à Durfort. Pour le protéger, les deux archéologues veulent le garder en France, mais faute de structures adaptées, ils se tournent vers le Muséum d'histoire naturelle de Paris.
Un contrat avec le Muséum et la restauration des os
En octobre 1872, un contrat est signé entre le propriétaire du terrain et le Muséum pour financer et suivre les recherches. Un responsable invente un procédé pour consolider les os dès leur sortie du gisement. Les fouilles reprennent de 1873 à 1876, chaque été. De nombreux autres animaux et végétaux sont retrouvés, dont quatre mammouths, un hippopotame et un brochet. Les animaux sont probablement morts embourbés dans un marais, d'où leur excellent état de conservation.
Le transport délicat jusqu'à Paris
Après avoir retrouvé le mammouth quasiment complet en 1873, Paul Cazalis se rend à Nîmes pour demander un train direct vers Paris. Les ossements sont consolidés avec des bandes de lustrine, conditionnés dans du foin et enfermés dans des caisses. L'animal est envoyé chez Paul Gervais, professeur d'anatomie à Montpellier. Une fois à Paris, le mammouth est exposé deux fois avant de rejoindre définitivement la galerie de paléontologie du Muséum en 1898, date de son ouverture officielle.
Un héritage toujours vivant à Durfort
Le maire actuel, Robert Condomines, est un grand admirateur de cette histoire. Depuis 2025, un parcours pédagogique de 13 panneaux retrace cette aventure, de la découverte aux dernières fouilles de 2022. Grâce à des analyses récentes, la datation est confirmée : "Il existait il y a 680 000 ans, il était l'un des derniers, peut-être même le dernier", précise Elisabeth Vauclare, habitante passionnée de paléontologie. Elle ajoute : "Il avait 25 ans, c'était un jeune". La durée de vie moyenne d'un mammouth est estimée à 60 ans.
Un attachement devenu national
Exposé depuis le XIXe siècle, le squelette a souffert du temps. En 2020, le Muséum a lancé un appel aux dons pour sa rénovation, récoltant plus de 185 000 € de dons de particuliers. La somme a permis de restaurer l'animal et d'embellir son piédestal. En 2023, le mammouth rénové a été présenté aux visiteurs. Actuellement, toute la galerie de paléontologie entre en rénovation, avec une réouverture prévue pour l'été 2027.



