L'élevage du saumon, souvent présenté comme une alternative durable à la pêche sauvage, a un impact environnemental considérable. Selon une étude conjointe du WWF et de chercheurs de l'Université de Stanford, publiée le 2 juillet 2026, la production d'un kilogramme de saumon d'élevage émet en moyenne 2,9 kilogrammes de dioxyde de carbone (CO2). Ce chiffre est bien plus élevé que celui de nombreux autres produits aquatiques, comme les mollusques ou les algues.
Des émissions de gaz à effet de serre sous-estimées
L'étude révèle que les émissions de gaz à effet de serre liées à l'élevage du saumon proviennent principalement de la production d'aliments pour poissons. Ces aliments, souvent à base de farine de poisson et d'huile de poisson issus de la pêche sauvage, nécessitent une énergie fossile importante pour leur fabrication et leur transport. De plus, la déforestation indirecte liée à la culture du soja, utilisé comme complément alimentaire, aggrave le bilan carbone.
Une menace pour la biodiversité marine
Au-delà du climat, l'élevage du saumon a des répercussions directes sur la biodiversité. Les fermes aquacoles, souvent situées dans des fjords ou des baies côtières, rejettent des déchets organiques et des produits chimiques (antibiotiques, antiparasitaires) qui polluent les eaux environnantes. "Ces rejets entraînent une eutrophisation locale, favorisant la prolifération d'algues nuisibles et appauvrissant les fonds marins", explique le Dr. Helena Svensson, co-autrice de l'étude.
Les saumons d'élevage échappés des cages représentent une autre menace. Ils se reproduisent avec les saumons sauvages, diluant le patrimoine génétique et rendant les populations moins résistantes aux maladies. Selon le WWF, dans certaines régions de Norvège, les saumons d'élevage représentent jusqu'à 20 % des captures de saumon en rivière.
Comparaison avec d'autres sources de protéines
Pour mettre ces chiffres en perspective, l'étude compare l'empreinte carbone du saumon d'élevage avec d'autres aliments. Un kilogramme de saumon émet 2,9 kg de CO2, contre 0,5 kg pour les moules, 1,1 kg pour le poulet et 27 kg pour le bœuf. Si le saumon fait mieux que la viande rouge, il reste moins écologique que les protéines végétales (tofu : 0,7 kg de CO2/kg) ou les poissons d'élevage à faible trophic level comme le tilapia.
Des pistes d'amélioration
Les chercheurs identifient plusieurs leviers pour réduire l'impact de l'élevage de saumon. L'utilisation d'aliments alternatifs, comme les insectes, les algues ou les sous-produits de l'agroalimentaire, pourrait diminuer les émissions de 30 à 50 %. L'amélioration des systèmes de recirculation de l'eau (RAS) permettrait de limiter les rejets polluants et les évasions. Enfin, la certification par des labels comme l'Aquaculture Stewardship Council (ASC) peut inciter les producteurs à adopter des pratiques plus durables.
Cependant, le WWF met en garde contre une consommation excessive. "Même amélioré, l'élevage de saumon ne pourra jamais être totalement neutre pour l'environnement. Il est essentiel de diversifier nos sources de protéines et de privilégier les poissons issus de la pêche durable ou les alternatives végétales", conclut l'étude.



