Le projet de ferme usine à saumons Pure Salmon, implanté à Salaunes en Gironde, a reçu le feu vert de la préfecture le 4 août 2026. Cette autorisation est assortie d'un cadre environnemental strict, visant à limiter l'impact sur les ressources en eau et la biodiversité locale. L'installation, d'une capacité de 10 000 tonnes de saumon par an, suscite à la fois espoirs économiques et inquiétudes écologiques.
Un projet industriel d'envergure
Le site, situé au cœur du massif forestier des Landes, prévoit la construction de bassins de 20 000 mètres carrés et l'emploi de 150 personnes à terme. Selon la préfecture, cette autorisation s'inscrit dans le cadre de la loi sur l'eau, après plusieurs années d'études et de consultations publiques. Le préfet de Gironde, Étienne Guyot, a souligné que les conditions imposées sont "parmi les plus strictes de France" pour ce type d'installation.
Le projet repose sur un système de recyclage de l'eau (RAS) qui permettrait de réduire la consommation d'eau de 95 % par rapport à un élevage traditionnel. Les rejets, traités et filtrés, seront contrôlés en continu. L'entreprise s'engage à utiliser uniquement des aliments issus de sources durables et à limiter l'usage d'antibiotiques.
Des opposants toujours mobilisés
Les associations environnementales, comme Sepanso et France Nature Environnement, dénoncent un "non-sens écologique" et ont déjà annoncé un recours devant le tribunal administratif. Elles pointent notamment le risque de pollution des nappes phréatiques et l'impact sur la faune aquatique. "C'est une aberration de construire une telle installation dans une zone forestière vulnérable", a déclaré la porte-parole de Sepanso, Marie-Laure Bonnet.
Les élus locaux, eux, sont partagés. Certains y voient une opportunité de créer des emplois dans une région rurale, tandis que d'autres craignent une pression supplémentaire sur la ressource en eau, déjà fragile en période de sécheresse.
Un cadre strict pour rassurer
La préfecture a imposé des mesures de suivi renforcé : prélèvements d'eau limités à 1,5 million de mètres cubes par an, avec un débit minimal à respecter dans le ruisseau voisin. Les rejets devront respecter des normes de température et de qualité chimique très rigoureuses. En cas de non-respect, l'exploitation pourra être suspendue.
L'entreprise Pure Salmon, filiale du groupe singapourien 8F Asset Management, prévoit une mise en service en 2028. Elle espère ainsi répondre à la demande croissante de saumon en Europe, tout en réduisant l'empreinte carbone liée au transport aérien. Le projet a bénéficié d'un investissement de 300 millions d'euros, dont une partie de fonds publics via le plan France Relance.
Un modèle contesté
Ce type de ferme usine, développé dans plusieurs pays, reste controversé. Les défenseurs de l'aquaculture durable y voient une solution pour préserver les stocks sauvages, tandis que les critiques dénoncent une "industrialisation de l'océan". En France, le débat sur la pisciculture intensive s'intensifie, à l'heure où la souveraineté alimentaire devient un enjeu majeur.
Le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, a salué une "innovation nécessaire" pour la filière. Mais les scientifiques restent prudents : une étude de l'INRAE publiée en 2025 soulignait que les systèmes RAS, bien que moins gourmands en eau, consomment beaucoup d'énergie et peuvent générer des déchets concentrés.
Prochaines étapes
Le chantier devrait débuter en 2027, après l'obtention des derniers permis. Les opposants espèrent que le tribunal administratif suspendra l'autorisation, comme cela a été le cas pour d'autres projets similaires en Europe. En attendant, la préfecture assure que le dossier sera suivi de près, avec un comité de suivi réunissant élus, associations et services de l'État.



