Près de 7 000 hectares de forêts ont été réduits en cendres par l'incendie du Gros Bessillon, qui a touché sept communes du Var entre le 21 juillet et le 18 août 2026. Les maires de ces communes doivent désormais faire face à un chantier colossal : sécuriser les massifs, valoriser le bois brûlé et repenser la forêt de demain.
Jérémy Giuliano, maire du Val, a été nommé maire coordinateur par la Cofor 83, l'association des communes forestières. « J'assure l'interface avec tous les acteurs, le préfet, les services de l'État, les communes sinistrées et les propriétaires terriens. Ma priorité : m'assurer que chaque maire occupe un rôle central dans les décisions prises sur sa commune », déclare-t-il.
Un travail de sécurisation titanesque
La première priorité est de sécuriser les zones brûlées. « Il faut couper les arbres qui menacent de tomber, retirer les roches qui risquent de dévaler que ce soit le long des routes ou des chemins », détaille Jérémy Giuliano. Un travail considérable, alors qu'au plus fort du feu, on comptait jusqu'à 230 kilomètres de lisières.
Il faut également prévenir les risques de ruissellement, déjà observés fin août sur tout le secteur. « Un mélange de terres, de cendres très volatiles, très fin, qui s'érode et qui va partir en cas de pluie, générant des coulées de boue, ou de cendres et amplifier le risque inondation pour toutes les communes du bassin-versant », explique l'élu au milieu des arbres calcinés du vallon de Piaou, au Val.
La vente du bois brûlé, une question épineuse
Une fois le tout sécurisé, « cela se fera sur plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois », anticipe l'élu, il faudra traiter le bois brûlé. « Pour les bois à exploiter et par conséquent transformer, il faudra les vendre : ils seront alors transformés en palette, plaquette ou pour en faire des granulés », énumère Jérémy Giuliano. « Ce bois doit être vendu et transformé sous deux ans, permettra de faire entrer des revenus et financer tous les chantiers sur la forêt. »
Mais pour y parvenir, l'union doit faire la force. « La plupart des propriétaires sont des privés, d'autres publics - les communes et le Département -, il ne faut pas qu'on vende le bois chacun dans son coin sans se coordonner », explique l'édile. « Sinon, le marché sera inondé, le cours du bois baissera et les propriétaires seront tous perdants. »
Une solution existe déjà à Montfort-sur-Argens. « En 2016, lorsqu'il y a eu l'incendie à Montfort essentiellement, ainsi qu'à Correns et Cotignac, nous avions créé une association syndicale libre (ASL). Cela permettait aux propriétaires adhérents de ne pas être seuls et de bénéficier du travail de l'association pour les démarches, et les chantiers », raconte Philippe Chuyen, maire de Montfort-sur-Argens. « Nous allons élargir cette association à toutes les communes sinistrées par le feu du Bessillon », précise-t-il.
Penser la forêt du futur
Au-delà des deux ans, viendra le temps de penser le long terme. « Comment allons-nous recréer les massifs de demain ? », s'interroge Jérémy Giuliano. « La forêt d'aujourd'hui n'était pas celle d'il y a cent ans et ne sera pas celle dans cent ans. Il faut donc définir un nouveau modèle. » Et ce, commune par commune, en fonction de son identité.
Les deux élus réfléchissent également à des solutions pour casser le couloir de feu. « Pour casser le couloir de feu, il faudra exploiter cette forêt, en créant des coupures agricoles permettant de ralentir la progression du feu et ainsi en évitant sa propagation au massif suivant », explique Philippe Chuyen. « Soit en entretenant la forêt, sous la canopée en y pratiquant par exemple l'agro-sylvopastoralisme », envisage le maire du Val. « Notamment avec le porc noir de Provence par exemple. Ce qui retirerait en cas de nouveau feu, tout combustible au-dessous de la canopée. »
Un programme ambitieux pour les élus locaux comme les collectivités, qui s'appuient sur le retour d'expérience de l'incendie de Gonfaron d'août 2021.



