Publicité Tribune libre. Victoire Satto : « Pour une industrie de la mode plus responsable » Dans notre tribune libre du dimanche, Victoire Satto, fondatrice du media The Good Goods, pour la transition écologique et éthique de la mode, évoque son action pour « consommer mieux, libres et éclairés ».
Un parcours de la médecine à la mode
Voilà dix ans que j’ai entamé la transition de mon métier, des sentiers de la médecine vers ceux de la mode. Dix ans à explorer puis développer une expertise sur ce que cette industrie devrait faire pour être plus « responsable ». D’aucuns auraient eu la sagesse de s’arrêter dès cet oxymore. J’ai eu la candeur de croire qu’il était possible qu’il advienne.
Durant dix ans, j’ai appris sur ce secteur. Mentalement, j’en ai décomposé les chaînes de valeurs, le moindre des produits pour en comprendre les impacts. Les ressources immenses qu’elle puise : quelque 4 % de l’extraction mondiale annuelle de pétrole, 30 % des terres arables, 20 % de la consommation d’eau potable, le grain pour le bétail dont on valorise la peau, les monceaux de chimie pour laver, teindre ou embellir.
Des conséquences dramatiques
J’ai documenté les conséquences dramatiques qu’elle peut avoir sur celles et ceux qui la font, fragmentés de par le monde, mais aussi chez nous qui nous pensons indemnes. Designers vidés de leur substance créative, vendeurs essorés, clients épuisés d’osciller entre un placard qui explose et la sempiternelle sensation de n’avoir rien à se mettre, marques éreintées de lutter en vain contre l’ultra bas de gamme qui gangrène le marché, nous habituant à considérer un vêtement comme un banal bien de consommation jetable.
Une industrie qui rend malade
Cette industrie rend malade notre santé et celle de l’environnement. Mon rôle de médecin s’est donc déplacé : de l’individu à l’ensemble de la population, de l’acte de guérir une maladie à celui de prévenir sa survenue, en incitant à changer nos façons de produire et de vivre.
Alors j’ai créé The Good Goods, un média pour que les professionnels s’informent. J’ai accompagné des entreprises, de conseil en conférences, dans leur quête de transformation et d’innovation vers le mieux.
Deux constats lucides
Durant dix ans, mon optimisme s’est frotté à l’âpreté du réel. Aujourd’hui, je pose deux constats lucides :
- Nous ne consommerons jamais moins.
- Le prix sera toujours le premier moteur de la décision.
Pourtant, cet optimisme reste intact. Et ma mission de soin n’a jamais eu plus de sens. Car cette décennie aura aussi été celle des lois, promulguées ou en cours, qui changent significativement et durablement les règles du jeu : anti fast fashion, CSRD, ESPR… Shein n’y coupera pas. À ce fléau, il n’y aura de remède qu’une régulation stricte.
Consommer mieux, libres et éclairés
La loi seule ne suffit pas. Elle fixe le plancher ; c’est le consommateur qui décide du plafond. À défaut de consommer moins, nous pouvons consommer mieux, libres et éclairés.
C’est précisément ce à quoi je consacre aujourd’hui l’essentiel de mon énergie : donner à chacun et à chacune les moyens de comprendre ce qu’il ou elle achète vraiment. Rapport qualité/prix, engagements, durabilité, santé… Ces questions méritent des réponses claires, accessibles, indépendantes.
En 2026, ces informations sont publiques désormais. Scored, l’application que j’ai cofondée, les organise et les rend lisibles simplement mais sans simplisme. En quelques clics, s’informer pour mieux consommer devient un acte citoyen, une manière de prendre soin de soi, des autres et de notre environnement tout en préservant le pouvoir de son argent.
2026 porte en elle une conviction : la clarté sera un bien meilleur moteur que la culpabilité pour les dix prochaines années.



